La Coupole de l’Eglise Saint-Nicolas

Le quartier de mala strana : du chateau au jardin de vrtba

La Coupole de l’Eglise Saint-Nicolas

Reprenons maintenant notre progression vers le chœur de Saint-Nicolas. Une fois encore, souvenons-nous que si le baroque donne son importance au détail, c'est toujours l'effet d'ensemble qui reste le plus important. Autre chose, ce qui importe dans cet effet d'ensemble, c'est l'osmose entre l'architecture et le décor.
D'ailleurs, vous avez peut-être remarqué qu'à Saint-Nicolas de Mala Strana, la progression vers le chœur s'accompagne à la fois d'un décor de plus en plus dense et d'une architecture de plus en plus complexe. Pour preuve, la présence d'une très belle coupole qui culmine à près de 70 mètres de hauteur juste devant le chœur. La plus haute du quartier ! C’est à nouveau Franz Xaver Palko qui a réalisé le décor, c’est aussi lui qui avait réalisé la fresque au dessus du buffet d’orgue.
Le thème qui a été choisi par les Jésuites est la "Glorification de la Sainte Trinité". Tout de suite, on est étonné par la densité de la composition, qui est en presque étouffante. Le principe qu’a choisi le peintre est celui des cercles. Des cercles qui se superposent et qui sont peuplés d'anges et de saints qui s'ordonnent au milieu d'un ciel vaporeux. Les pêcheurs sont précipités dans le vide, c'est à dire vers le bas. Les élus eux sont installés autour du Christ ou encore assis sur des nuages. Ils s'abandonnent tous en chœur à la contemplation de la colombe du Saint-Esprit qui plane tout là-haut dans les cieux au centre du petit lanternon qui couronne la coupole.
Plus bas, entre les fenêtres de la coupole, nous pouvons compter huit statues féminines alignées méthodiquement. Elles représentent les huit moments d'allégresse, de joie, que connut la Vierge Marie durant sa vie.
Descendons encore un étage, il y a d'autres personnifications. Cette fois, il s'agit des quatre vertus cardinales : Force, Tempérance, Justice, Prudence. Elles représentent les qualités naturelles de l'esprit humain dès lors que l'on se conforme aux préceptes de l'Eglise. Lorsque nous faisons face au cœur, par exemple, la statue à gauche, la Prudence est représentée sous l'aspect d'une femme tenant un miroir dans lequel se reflète l'image d'un serpent qui s'enroule autour de son bras.
Enfin pour finir juste en dessous, au niveau du sol, il y a quatre autres gigantesques statues de vieillards sculptés par Kilian Ignac Platzer.
Chacun d'entre eux agite une crosse d'évêque, et déroule un parchemin sur lequel son nom est écrit. On identifie ainsi saint Basile, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Naziance. Ce sont les Pères fondateurs de l'Eglise d'Orient, les défenseurs de l'Eglise des premiers siècles.
Arrêtons-nous quelques instants devant la statue de saint-Cyrille d'Alexandrie, c'est la première juste à gauche du chœur, lorsque l'on est sous la coupole. La statue est monumentale, et comme toutes les autres elle est en bois stuqué.

On voit Saint Cyrille d'Alexandrie, un évêque du 5e siècle, coiffé de la mitre épiscopale. Il tient fermement sa crosse d'une main et la plante avec précision dans le cou d'un hérétique gisant à ses pieds. Pour ne pas perdre l'équilibre, il étend son autre main. A ses pieds toujours, mais de l'autre côté, tourné vers l'autel, un petit ange potelé tient un gros livre saint que lui a sans doute confié Cyrille. Il est assez normal de trouver ce genre de thème dans cette église qui a justement comme mission de combattre les hérésies.
Mais maintenant, que dire du style de Platzer ? Qu'il est monumental, certes. On a rarement vu des statues aussi imposantes. Pourtant, aucune émotion n'en surgit, les formes sont rigides, les drapés simplifiés et la matière inerte. Il suffit de regarder les visages de Cyrille et de l'hérétique, ils sont lisses, sans expression. Le saint ressemble à une sorte de fonctionnaire de la mort pendant que la victime accepte son destin. On peut imaginer ce qu'aurait été le traitement d'un tel sujet par un artiste fougueux comme Braun ou encore Brokoff. Pour l'heure, signalons seulement que cet appauvrissement des expressions chez Platzer n'est que reflet d'une tendance présente dans tout le pays dans la seconde moitié du 18e siècle.
Vous venez de le voir, il est difficile de reprendre son souffle dans un tel décor, pas de temps mort. Mais finalement quel sens donner à un tel décor?
D'abord, souvenons-nous que du rez-de-chaussée à la coupole, en quelques instants, on peut passer de la terre au ciel. Mais pas n'importe comment. Le parcours est balisé. Il faut suivre une hiérarchie céleste comme l'on dit, qui débute avec le clergé, les Pères de l'Eglise, pour s'achever avec Dieu -la colombe du saint Esprit-. Ensuite, vous pouvez ressentir combien le rendu spectaculaire de ce parcours tient pour l'essentiel au traitement de la lumière et au traitement de l'espace. A Saint-Nicolas, la lumière se déverse depuis les tribunes et les chapelles latérales et baigne la totalité de la nef. Elle prend un aspect plus dramatique dans le chœur qui est plus sombre, mais dans lequel aussi le propos est plus violent comme nous venons de le voir.


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