Le Décor de la coupole

Le quartier de mala strana : du chateau au jardin de vrtba

Le Décor de la coupole

Cette coupole est aussi haute à l'extérieur qu'à l'intérieur et c'est l'une des plus belles de Prague. La lumière qui l'inonde entre par les 8 fenêtres qui percent son tambour, c'est-à-dire son soubassement. Mais étant donné la profondeur de cette coupole, la lumière peine à monter jusqu'en haut, ce qui a pour effet de bien faire ressortir le petit lanternon décoré d'une colombe, le symbole du saint-Esprit, qui la couronne.
Entre les deux, le tambour et le lanternon, la composition a été organisée en une spirale ascendante. Et il y a comme une chaîne de saints, de saintes et d’anges qui sont tout animés à la vue de la colombe du Saint-Esprit, laquelle sereine vole, tout là-haut, sous le lanternon. Remarquez aussi que plus l'on monte vers le lanternon, moins la densité des personnages est importante, ce qui permet à Palko de laisser davantage de plages de couleurs claires en haut de sa composition, le ciel principalement, et ainsi de ne pas la noyer dans l'ombre. Mais bien sûr, la couleur est aussi présente, elle raisonne. Palko était réputé pour son traitement dramatique de la couleur, c'est-à-dire sa capacité à conjuguer la couleur et l'action pour exprimer ce qui doit toucher dans une peinture. Et il donne toute la valeur de son talent dans la partie consacrée à tous ces saints. Regardez-les, tournoyez comme des insectes sous une cloche, leurs positions sont très variées. Et la palette ne fait pas l'économie de tons accrocheurs comme l'ocre qui répond aux dorures de l'église. Mais surtout, ces personnages sont bien vivants. Leurs vêtements volent au vent. Et ils semblent enivrés par la contemplation du ciel puis emportés inexorablement dans un tourbillon de nuages vers le lanternon et donc vers Dieu.
Quel modèle, quelle promesse !
Le décor de la coupole est intéressant aussi parce qu'on y voit bien l'écart qui existe en Kracker peignant l'Apothéose de saint Nicolas au plafond de la nef et la coupole de Palko. Presque deux mondes pourraient-on dire. L'un, Palko, très tourné vers la défense de la Religion, pendant que l'autre, Kracker, regarde déjà vers un rococo qui nous ferait presque oublier la valeur religieuse de son Apothéose de saints Nicolas.
Ces images et leur façon d’être montrées ont bien entendu un sens précis. Il ne faut pas oublier qu'avant d'être des œuvres d'art, les images sont des pensées. Qu'avant de se résumer à la fantaisie, le style baroque, c'est aussi de la dialectique, une façon d'organiser un discours, de déployer une idée, et ce, de façon convaincante, bref de la propagande.


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