La Sacristie

Le titien a l'église sainte marie glorieuse des franciscains

La Sacristie

Franchissez le jubé pour admirer les 124 stalles en bois sculpté réalisées en 1468.

L'auteur de cette oeuvre, originaire de la ville de Vicence en Vénétie, est resté méconnu. C'est bien dommage, car il a sculpté l'un des ensembles les plus remarquables de l'Italie gothique. Alors, prenez le temps d’admirer l'important travail de marqueterie et les reliefs des dossiers en "gothique fleuri". Puis vous pourrez vous diriger vers la sacristie. Pour cela, empruntez le transept vers la droite. Au bout, vous verrez une petite porte. Franchissez-la, tournez-vous vers la gauche, et asseyez-vous confortablement au plus près du retable situé au-dessus de l'autel au fond de cette pièce.

La sacristie, dans laquelle vous êtes maintenant, a été commandée, et financée, par la famille Pesaro au milieu du 15e siècle. Pietro Pesaro voulut par cet acte perpétuer la mémoire de son épouse défunte. Nous reparlerons de cette grande famille vénitienne, puisque l'un de ses représentants a été peint par le Titien dans une toile qui se trouve dans cette église.
Le retable que vous avez sous les yeux porte le nom de "vierge à l'enfant entourée de quatre saints". Il a été réalisé en 1488 par l'un des artistes vénitiens les plus connus : Giovanni Bellini.
Mais revenons donc au retable. Cette huile sur bois est un triptyque toujours dans son cadre originel. Giovanni Bellini naît vers 1425 et est le véritable fondateur de l'Ecole de peinture vénitienne. A plus de 50 ans, lorsqu'il réalise cette oeuvre, Giovanni Bellini se trouve au sommet de sa gloire sans donner signe de fatigue. Il est alors le surintendant des peintures du Palais des Doges en tant que peintre officiel.
Les retables de Vierge à l'Enfant de Bellini sont très importants dans l'art vénitien, car ils serviront de modèles pour les retables d'autel pendant des siècles. Ils sont ainsi devenus des classiques du genre.
La Vierge à l'Enfant de cette sacristie l'illustre bien, pour plusieurs raisons. La première est que la Vierge est systématiquement placée sur un trône élevé vers lequel convergent les lignes de fuites des perspectives du fond architectural et des divers personnages rayonnant autour d'elle. Elle est dans une abside à fond dorée, réminiscence de l'art byzantin. Le deuxième élément est la lumière rasante qui vient d'une source unique située sur le côté et qui confère à l’ensemble relief et atmosphère naturelle. Elle adoucit aussi la majesté des personnages. Le troisième point est la présence fréquente et charmante des anges musiciens groupés à la base du trône. Ces deux anges jouent ici du luth et du pipeau. Ces représentations répétées d'instruments de musique constituent des sources d’informations précieuses pour les musicologues. Enfin dernière particularité de cette oeuvre, la dimension vivante et humaine des personnages, conférée par un espace structuré, des couleurs vives bien que froides et un grand réalisme. Regardez attentivement les vêtements, regardez les mains des saints. Portez maintenant votre attention sur leurs visages emprunt de spiritualité. Ils rappellent combien Bellini a été influencé par la peinture flamande, tant dans le style que dans la technique. Il est en effet l'un des premiers à s'intéresser à l'huile et non à la fresque si typiquement italienne. Mais, prérogative des plus grands, si Bellini a été influencé, il a aussi beaucoup influencé, et notamment Dürer. Albrecht Dürer, grand peintre de la Renaissance germanique, séjourna régulièrement à Venise. En 1506, il dit même de Bellini : "Il est très vieux - 81 ans -, et c'est encore le meilleur en peinture". Les quatre saints de ce retable rappellent d'ailleurs les "Quatre Apôtres" de Dürer, l'une de ses plus célèbres oeuvres datée de 1526, aujourd'hui exposée à Munich. Dürer qui a rencontré Bellini, a pu effectivement admirer cette œuvre et, pourquoi pas, s'en inspirer.
Les saints représentés de part et d'autre de la Vierge à l'Enfant sont : à gauche, Saint Nicolas de Bari en évêque et Saint Pierre en arrière ; à droite, Saint Benoît avec son capuchon de moine et la Bible dans les mains, et, Saint Marc en arrière. Saint Benoît qui est le seul saint à regarder vers nous tient la Bible ouverte à la première page de l’Ecclésiastique, l’un des livres de l’Ancien Testament. Il recommande ainsi au fidèle qu’il regarde de vivre selon la Loi chrétienne. Les saints ont été choisis par le donateur Pietro Pesaro, comme il était d’usage.


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