La place du château

Le vieux berlin du pont du chateau a l'alexanderplatz

La place du château

Nous voici donc devant le pont qui enjambe la Spree, mais du coté Unter den Linden. Jetons un œil sur l’avenue. Sur notre gauche, nous voyons un des cotés de l’Arsenal, cet ancien dépôt d’armes baroque des années 1700 transformé depuis en Musée de l’Histoire Allemande. Ce bâtiment est un message politique en même temps qu’un beau monument baroque. Nous sommes alors au début des années 1700, c’est à dire en période d’ascension de l’état de Prusse. Son roi Frédéric 1er veut dire à tous qu’il a construit une armée puissante et qu’il n’hésitera pas à s’en servir. Pour ce faire, rien de tel que de construire un arsenal au milieu de la ville et d’y ajouter sur son fronton une inscription qui dit en latin: « Conservation de toutes les armes de guerre » ; jusque là rien que de très normal pour un arsenal, mais il rajoute « ainsi que des butins et trophées de guerre ». A bon entendeur !
Attention normalement pour pénétrer dans la cour vous devez être munis d’un ticket d’entrée pour le Musée, mais essayez de demander au contrôle de vous laisser simplement jeter un œil si vous ne souhaitez pas visiter le musée.

Maintenant, tournons le dos à l’arsenal et à l’avenue Unter den Linden. Et regardons de l’autre côté du pont. Sur notre gauche, nous voyons désormais un grand bâtiment dominé par une imposante coupole verte qu’entourent deux autres coupoles ou lanternes un peu moins imposantes. Vous devinez sans doute déjà la fonction de ce bâtiment ! Regardez au sommet de la coupole : eh oui ! Une croix. Il ne s’agit pas d’une simple église paroissiale, mais de la cathédrale luthérienne de Berlin. Cette dernière fut commandée par Guillaume II et achevée en 1905. Si vous souhaitez la découvrir plus en détail, nous vous invitons à suivre notre visite qui lui est exclusivement consacrée.

Tournons-nous vers le pont et regardons maintenant les huit figures en marbre de Carrare qui se trouvent dessus. Elles représentent Nike et Athéna, les déesses victorieuses conduisant le soldat germanique à travers les combats jusqu’à la paix. Décidément, encore des personnages liés à la guerre !

Ce pont est considéré comme le plus beau de Berlin et fut dessiné par le célèbre Schinkel en 1819 pour célébrer la victoire sur Napoléon Ier. Voyez les délicats ornements de la balustrade en fonte. Ils montrent des dauphins et des chevaux marins entrelacés d’arabesques. A l’origine, ce pont menait à la place du château royal.

Mais où se trouvait le château ? Et bien, il s’élevait exactement à l’emplacement de la vaste place vide située de l’autre côté du pont, c’est à dire en face de vous.
Traversons le pont et puis traversons la rue pour nous rendre en face, au milieu de la place, où se trouve un ensemble de panneaux explicatifs du lieu.

Mais pourquoi cette place est-elle non construite, sans fontaine ni bâtiment, et depuis quand le château n’est-il plus là ? La réponse à cette question repose dans l’histoire contemporaine. Hélas, le château fut dynamité par le régime communiste en 1950 malgré les multiples protestations de la population. Si vous visitez le château de Charlottenbourg, vous pourrez voir une maquette de cette superbe complexe architecturale. Le bâtiment de la Renaissance avait été agrandi et fastueusement aménagé en style baroque par Frédéric Ier après son couronnement en 1701. Pour nous faire une idée de cette majestueuse bâtisse, regardons les panneaux explicatifs situés au centre de la place.

Quand nous aurons regardé ces panneaux, traversons la place pour nous rendre au fond devant le grand immeuble un peu isolé que nous voyons déjà de loin avec sa façade de brique rouge et de pierre : c’est le Staatsrat, le conseil d’État.

Nous sommes à présent devant le Staatsrat, soit l’adresse Schlossplatz 1. Naturellement, vous constatez tout de suite que l’ensemble –qui date des années 1960- n’est pas très « élégant », dirons-nous. De plus, le corps central de pierre est un peu dissonant au milieu de cet édifice de brique et pierre. Ce corps central, avec ses pilastres décorés, avec ses deux atlantes masculins soutenant le balcon du premier étage et surtout avec ses belles et hautes baies vitrées, est plus ancien que le reste. Et pour cause ! Il date effectivement de 1706 et constitue le seul vestige du château royal. Mais alors, pourquoi le réemployer ici ? Et pourquoi de cette façon si peu esthétique ? Et d’ailleurs, posons-nous la question de ce qu’est-ce « ici » ? Et bien, ce « ici », ce bâtiment, était au cœur de la vie politique communiste puisqu’il servit de conseil d’état de la RDA. Le président y avait son bureau et ses salles de travail.

Quant au balcon, il revêtait pour le régime communiste une importance particulière : car c’est de ce balcon, aux fenêtres du château impérial, que le révolutionnaire Karl Liebknecht proclama la « République socialiste d’Allemagne » en 1918. Il prononça alors la phrase célèbre : « Le jour de la liberté est arrivé. Plus jamais un Hohenzollern ne pénétrera à cet endroit». Guillaume 2 avait abdiqué ce 9 novembre 1918 puis était parti en exil en Hollande. Liebknecht était l’un des principaux chefs du mouvement spartakiste, mouvement proche des révolutionnaires russes.
Et c’est pour cela que ce balcon constituait un symbole politique important. Il fut soigneusement démonté au moment de la destruction du château en 1950, puis réemployé ici.
Après la chute du régime, Helmut Kohl trouva le lieu approprié pour y installer 450 employés de la chancellerie et occupa lui-même les locaux d’où autrefois Honecker gouverna d’une main de fer. Après l’inauguration de la nouvelle chancellerie, près du Bundestag, le sénat décida de raser ce symbole du totalitarisme, mais les protestations de nombreux historiens et de politiciens locaux évitèrent un nouvel iconoclasme.

Maintenant, tournons le dos au Staatsrat et regardons à droite de la place. Nous voyons un grand immeuble délabré en béton. Très certainement, vous vous demandez à quoi il peut correspondre. Et bien là encore, il s’agit d’un souvenir de la dictature communiste : c’est l’ancien palais de la république, commandé par Erich Honecker, et que les Berlinois surnommaient le « magasin de luminaires » en raison de ses 3000 lustres. Il est rempli d’amiante et, en 2004, le gouvernement a décidé de le démolir et de construire un bâtiment ayant les façades de l’ancien château royal. Affaire à suivre donc ! 


<< 2 - Le Vieux Berlin du p...         4 - Le nouveau ministère... >>

Sommaire complet du dossier :