L’académie d’architecture de Friedrich Schinkel

Le vieux berlin du pont du chateau a l'alexanderplatz

L’académie d’architecture de Friedrich Schinkel

Tournons le dos au ministère et regardons juste devant vous.
Ne voyez-vous pas maintenant un trompe-l'œil ! Un édifice rectangulaire fait de toiles peintes à l’imitation de la brique rouge et qui ressemble à une usine du nord de la France ou de l’Angleterre !

Derrière les toiles, un échafaudage particulièrement complexe a été monté pour maintenir l’ensemble. Non vous n’avez pas devant les yeux le plagia bon marché d’un entrepôt du Sussex, mais bien une reconstitution en trompe-l’œil de l’académie d’architecture qui fut achevée en 1836 par le célèbre Schinkel. La société Daimler-Benz a financé cette installation provisoire pour appeler au mécénat afin de reconstruire en solide la vénérable institution.
Mais ce lieu, avec son trompe-l'œil et avec l’église de briques rouges, est idéal pour parler du génial Schinkel et de son style. Avec cette académie, Schinkel souhaite laisser un manifeste à la postérité. En effet, Schinkel est très connu, voire associé, à ses nombreuses réalisations néo-classiques inspirées par l’Antiquité. Pourtant, en 1826, lors d’un voyage en Angleterre, il a comme une révélation : il est très impressionné par l’architecture industrielle de brique rouge dans laquelle il voit l’avenir. Aussi dès son retour à Berlin, il entreprit de construire un bâtiment, presque un manifeste, qui milite pour cette architecture de brique vue en Angleterre. Plusieurs générations d’architectes berlinois étudieront entre ses murs, mais hélas, vers le milieu du 19e siècle, ils retournèrent à un pseudobaroque pour répondre au goût de Guillaume 2 et ne laissèrent pas d’œuvres majeures.

Maintenant, regardez à gauche de l’académie, vous voyez les tours d’une église qui cette fois est réellement en brique rouge.

Nous sommes à présent sur la place nommée Friedrichswerderschmarkt

Vous l’aurez deviné, du fait de l’utilisation de la brique et de la forte influence anglaise, cette église est également de Karl Friedrich Schinkel ! L’église se nomme Friedrichswerdersch, nom de lieu encore une fois pas très facile à prononcer, baptisée d’après le quartier qui l’entoure et qui autrefois était très étroit en raison des multiples maisons qui s’y élevaient. Ce lieu de culte remplaça en 1831 un temple baroque de 1700 qui unifiait sous un même toit les adeptes de la confession luthérienne allemande et les réformés français.

Mais regardons attentivement cette imposante structure architecturale. Nous y retrouvons presque tous les éléments du néo-gothique anglais parfois surnommé Tudor. Bien sûr, il y a la brique si appréciée au centre de l’Angleterre. Ensuite, décrivons un peu cette façade pour retrouver les éléments anglais.

Tout d’abord, la façade, encadrée par 2 clochers, est percée sur les 2/3 de sa hauteur par une immense baie divisée en panneaux ou lancettes. Admirez cette magnifique alternance entre les parois de verre et les fines baguettes de pierres. Naturellement, les fenêtres s’achèvent en arc brisé et sont de nouveau entourées par un grand arc brisé. Tous ces éléments : arcs brisés, grandes verrières, etc. sont des caractéristiques du gothique, mais construit au 19e avec les techniques du 19e, ce bâtiment est évidemment du néo-gothique.
Ce style, qui mélange des éléments gothiques à une architecture contemporaine, fit son apparition en Angleterre sous les Tudor au 16e siècle puis réapparut en force, encore en Angleterre, pendant la révolution industrielle. Dans un univers où la mécanisation semblait rapetisser l’homme, le moyen âge, avec ces idées de chevalerie qui lui sont attachées, apparaissait comme une époque bénie. Et tant qu’à prendre un style architectural pour rappeler cette période, autant prendre le plus lumineux qui est le style gothique.

Maintenant, levez les yeux vers le sommet de cette façade. Vous voyez : le bord de la toiture est orné d’une fine balustrade de pierre qui donne de la légèreté à la façade un peu massive. Les 2 tours qui encadrent la façade sont également très élancées et s’achèvent à leur sommet à nouveau par une fine galerie et surtout par 4 petits pinacles, qui sont des petites tourelles d’angles. Au moyen âge, pour l’architecte, réussir de grandes verrières et une flèche qui montait très haut étaient les signes de sa maîtrise de ce style gothique. Mais, reproduire ce genre d’exploit avec les techniques du 19e siècle nous semble désormais très kitsch et c’est un euphémisme. Cela dit, et heureusement, très rapidement, ce style néo- gothique fut abandonné fin 19e, au profit d’un style architectural moderne qui utilisera à plein les matériaux et les techniques d’alors, pour franchir de nouvelles étapes et accomplir de nouveaux exploits.
Sur la façade, la seule décoration sculptée est l’archange Michel qui trône entre les 2 portes. Il est couvert de son armure de bronze et a les ailes déployées.

N’est-ce pas surprenant sur la façade d’une église protestante de voir un Saint? Non en aucune manière ! Saint Michel est cet archange décrit dans la bible dont le rôle est de passer les messages de Dieu sur Terre. Et c’est sous cet angle qu’il est perçu par les protestants et non comme un saint. Il faut savoir que la religion protestante ne reconnaît pas les saints. Toutes les personnalités sanctifiées par l’Eglise Romaine sont donc rejetées. En résumé Michel est considéré comme un saint uniquement chez les catholiques et les orthodoxes et non chez les protestants. Michel a une valeur particulière, car il est le protecteur des Allemands depuis la tradition du Moyen Age. Il apparaît ainsi dans de nombreuses églises germaniques et même au sommet du château des Hohenzollern, le berceau de la famille royale de Prusse. Sinon, il n’est pas besoin de regarder les façades des côtés. Elles sont construites sur le même modèle que la façade principale que nous avons sous les yeux.

Pour ce qui est de l’intérieur, il se présente comme une grande halle surplombée par une voûte étoilée imitant le gothique flamboyant.

N’hésitez pas à entrer dans l’église qui a été admirablement restaurée en 1987 et qui abrite aujourd’hui un musée consacré à l’œuvre de Schinkel et à la sculpture classique de la première moitié du 19e siècle.


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