La mairie de Berlin

Le vieux berlin du pont du chateau a l'alexanderplatz

La mairie de Berlin

Tournez le dos à la façade du palais et regardez un instant de l’autre côté de la rue Mühlendam.
Vous voyez sur la gauche un grand bâtiment en pierre grise surmonté d’une haute tour couronnée d’un dôme. Ne trouvez-vous pas que cette tour de 80 m de haut ressemble à celles des églises de la place des gendarmes ? Il s’agit effectivement d’une construction néo-baroque, ce style cher au Berlin du tournant des 19e et 20e siècles. L’écrasant édifice possède tous les éléments d’un pastiche baroque : fronton monumental, gigantesque colonne devant l’entrée et naturellement la tour entourée de colonnes. Il s’agit de la Stadthaus, ou maison municipale bâtie entre 1902 et 1911, en s’inspirant de la Renaissance italienne. La Stadthaus abrite dans ses murs de nombreux services municipaux que la mairie ne pouvait plus recevoir par manque de place. La mairie centrale vaut aussi la peine d’être vue. Elle se trouve juste en face de la Stadthaus à 400 m d’où nous sommes et pour la voir, nous vous proposons de contourner le quartier de Saint Nicolas.
Pour cela, toujours en étant dos au palais Ephraïm, prenons à notre gauche le Mühlendamm jusqu’à la Spandauer Strasse. Pour nous y rendre, nous longerons alors, à notre gauche, les bâtiments anciens du 19e siècle. Puis nous verrons apparaître en face de nous une vaste construction entièrement en brique rouge. Il s’agit de la mairie.

Tournons maintenant à gauche dans la Spandauer Strasse. Il s’agit d’une marche de 3-4 minutes. Puis traversons la Spandauer strasse pour nous retrouver devant la façade principale de la mairie de brique.

Vous voici devant cette fameuse mairie rouge, qui fut bâtie entre 1860 et 1869. Tout d’abord, essayons de recenser nos impressions face à ce bâtiment. Très certainement, la première est la surprise devant le matériau utilisé. Car pour la première fois, vous voyez un bâtiment entièrement réalisé en brique rouge. Ce qui n’est pas habituel dans une ville où règne la lourde pierre de taille grise ! La mairie est surnommée « mairie rouge » simplement en raison de cette brique.
Ensuite, on ressent une certaine puissance harmonieuse se dégager de ces briques : de la puissance en raison des dimensions importantes, mais aussi de l’harmonie, car la tour centrale, très haute, permet au regard de s’élever et de contrebalancer la ligne horizontale forte du bâtiment principal. Le tout forme pour le regard comme un «T» inversé. Regardons la tour-horloge maintenant qui, en haut de ses 97 m, porte le drapeau rouge et blanc de Berlin avec le fameux ours emblématique de la ville.

Enfin, on est aussi surpris par le style de la mairie qui mélange celui des palais municipaux d’Italie du Nord et l’architecture gothique de briques. On est loin, là encore, des styles rencontrés jusqu’alors à Berlin.

Et ce n’est pas un fait du hasard. Car la mairie devait marquer, par un style nouveau, la montée en puissance de la bourgeoisie face au pouvoir royal. Il n’était dès lors pas question d’adopter le style baroque ou néo-baroque cher à la couronne, mais plutôt de s’inscrire dans la lignée de ces grands centres marchands où au moyen âge- les commerçants avaient le pouvoir. C’était le cas notamment à Venise ou bien dans les villes d’Allemagne du Nord, ces villes dites Hanséatiques telles que Lübeck et Hambourg. D’ailleurs, presque à la même époque furent édifiées les mairies de Vienne, de Munich et de Hambourg qui toutes rappellent l’époque du triomphe commercial et de l’indépendance des municipalités. La Brique utilisée pour la construction rappelle aussi la grande époque des villes marchandes du Nord où régnait ce matériau. Aujourd’hui, nous en avons un très bel exemple à Lübeck. Dans cette même veine, la tour est une originalité voulue par le maître d’œuvre, car les mairies traditionnelles du Brandebourg n’en possèdent normalement pas. La raison est simple : la tour devait dépasser en hauteur la coupole du château royal et symboliser la venue des temps modernes.

Prenez le temps de regarder la belle frise qui coure au dessus du premier étage et qui est formée de 36 panneaux de terre cuite. On y verra moins de figures religieuses ou royales que d’habitude et plus de figures de la « société civile » dirons nous. Vous y voyez une succession de personnages portant des costumes liés à diverses époques. La frise conte l’histoire de la cité jusqu’à la formation de l’empire en 1871. Vous y reconnaissez la vie quotidienne au moyen âge avec ses marchés et son artisanat, puis les grandes actions des souverains de Prusse et le 19e siècle avec ses réunions libérales.

2 mots encore sur la mairie. Elle est le siège du maire gouverneur de Berlin. Cet adjectif peut vous surprendre, mais le maire est en même temps le chef du Sénat de la ville, qui constitue un État de la République allemande. Le maire est élu pour 4 ans.

N’hésitons pas à entrer dans la mairie pour en découvrir la décoration intérieure. Nous pourrons admirer le pompeux escalier d’honneur menant aux salons de réception qui servirent en 2004 pour honorer la reine Elisabeth 2 de Grande-Bretagne. En regardant l’escalier, nous voyons 4 allégories en marbre blanc symbolisant l’agriculture, la pêche, la marine et le commerce sous les traits de Mercure avec son casque ailé.


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