Le maître-autel de l’Eglise Saint-Pierre

Le vieux munich : la marienplatz et ses monuments

Le maître-autel de l’Eglise Saint-Pierre

Voilà sur les fresques. Maintenant, approchez vous du cœur pour admirer l’extraordinaire maître autel sculpté. Nous vous retrouvons devant la balustrade séparant le cœur de la nef.

Nous avons comme un sentiment de déjà vu devant cet extraordinaire baldaquin de marbre porté par 8 colonnes et sous lequel trône Saint Pierre. Eh oui, il nous fait penser à Saint Pierre de Rome et au fameux baldaquin torsadé réalisé par le Bernin. Et en effet, le sculpteur qui a réalisé cette œuvre entre 1730 et 1734 s’en est inspiré afin de rappeler la basilique principale du Saint. Nous voyons au dessus d’une douzaine de marches, un haut socle de marbre supportant 8 hautes colonnes et devant lequel se déploie la magnifique table d’autel doré.
Regardez ces superbes colonnes en marbre poli munies d’un chapiteau doré. Encore une fois, nous sommes devant une astuce baroque. Les colonnes comme le baldaquin sont en bois recouvert de stuc poli. Levez les yeux vers le baldaquin que supportent les colonnes. N’est-ce pas une structure étonnante ? Cette architecture est dominée par une demi-coupole dorée devant laquelle vole un ange également doré posé sur un nuage. Une architecture triomphale beaucoup plus originale qu’un simple baldaquin ou un fronton triangulaire.
Regardez au-dessus de cette demi-couronne : la décoration atteint son apothéose dans la représentation de la colombe du saint esprit. On la voit se détachant au milieu d’un gigantesque soleil aux rayons ardents. Admirez comme la colombe semble planer librement devant une fenêtre ovale qui l’inonde de lumière. Cette mise en scène de la colombe du Saint-Esprit se retrouve au dessus de la chaire de Saint Pierre de Rome qui date des années 1660. Maintenant penchons-nous sur la composition principale située entre les colonnes. Nous voyons un rideau ouvert de couleur rouge métallisée. Et sous ce rideau : Saint-Pierre, coiffé de la tiare papale, est assis en haut d’un trône doré et revêtu d’un superbe manteau : une scène saisissante. Le saint est enveloppé de toute sa dignité et impose le respect au visiteur. A ses pieds, nous voyons 4 ecclésiastiques dans leur costume d’apparat, dont 2 qui tiennent dans leurs mains un grand livre correspondant à la bible. Mais qui sont ces 4 personnages ? Et bien, il s’agit des 4 pères de l’église : Amboise, Augustin, Jean Chrysotème et Athanasse. Les 2 premiers sont des saints de l’église d’Occident et les 2 seconds appartiennent à l’église d’Orient. Nous trouvons la présence de ces mêmes saints au pied du trône de Saint Pierre à Rome pour symboliser la toute-puissance universelle de l’église catholique. Cela dit, si vous observez bien cette scène, vous remarquerez un problème au niveau des proportions. En effet, regardez Saint pierre coiffé de la tiare : il est trop petit par rapport aux pères de l’église. Il semble presque tassé sur lui-même. La statue de Saint pierre est beaucoup plus ancienne que le reste de l’autel et date de 1493 donc une œuvre du gothique tardif. Il ne s’agit pas d’une exception. Souvent, lorsqu’une église était modernisée ou redécorée, les artistes réemployaient des statues particulièrement vénérées ou de grande qualité à l’intérieur d’un autel plus moderne.
Voyez la tiare sur la tête du saint pape : c’est un chef-d'œuvre de joaillerie exécuté vers 1720. Pointez votre regard sur cette œuvre facilement reconnaissable avec sa forme en cloche et ses trois étages séparés par des rangées de pierre précieuse. Lorsqu’un pape décède, elle est retirée de la tête de la sainte sculpture et n’est remise qu’une fois le nouveau pontife élu. Regardez de nouveau les 4 pères de l’église au pied du trône. Ne sont-ils pas saisissants de vitalité. Nous avons un superbe contraste entre la pose du père situé à gauche et se tournant vers nous et le père de droite, qui tend le livre saint dans notre direction, mais tourne la tête au contraire vers le trône de Saint Pierre. Le sculpteur a réutilisé un vieux procédé de mise en scène datant de la Renaissance italienne et nommé le « contraposto ». C'est-à-dire qu’un des personnages nous regarde pour attirer notre regard et le second nous montre la direction vers le motif principal de l’œuvre. Prenez le temps de décomposer ce procédé. Admirez également la qualité des drapés avec leurs innombrables plis, leurs broderies en relief. Nous avons presque le sentiment que nous pourrions toucher les étoffes. Il y a également un jeu subtil de contraste entre les costumes entièrement dorés et presque irréels et les visages et les mains peintes en couleurs naturelles : un procédé typique du baroque bavarois. Mais qui est l’auteur de ces 4 statues ? Et bien, c’est encore un frère Asam.


<< 18 - La voûte de l’Eglise...         20 - La coupole de l’Egli... >>

Sommaire complet du dossier :