Le palais Kinsky

Le vieux vienne du graben au burgtheater

Le palais Kinsky

Mais continuons notre promenade pour nous diriger vers l’une des rues les plus aristocratiques de la vieille ville, la Herrengasse, ou la « Rue des Seigneurs ». Et maintenant, traversez la place en laissant l’Eglise des Ecossais sur votre droite et la fontaine derrière vous. Et rejoignez l’entrée du Palais Kinsky situé au numéro 4 de la Freyungs Platz.

Voilà ! Vous êtes devant le Palais Kinsky construit pour l’une des plus puissantes familles d’Europe par l’un des plus grands architectes du dix-huitième siècle. Cet architecte, nous l’avons déjà évoqué au début de notre promenade : c’est Johannes Lukas von Hildebrandt. C’est en 1713 qu’il reçut commande du prince Kinsky. Alors, parlons des Kinsky puis de ce palais. Commençons par les Kinsky. Le prince Kinsky est un proche conseiller de l’empereur. En fait, beaucoup de ces grands noms de l’Europe centrale ont du leur ascension à leur participation aux guerres que menaient les Habsbourg. Certains passaient de simple chevalier à un rang de Prince. Et les descendants essayaient parfois de faire oublier la rapidité de cette ascension. Dans ce cas présent, le prince Kinsky était amateur d’art, et il cherchait un architecte réputé et talentueux pour édifier non pas un simple palais, mais une demeure qui exprime le faste et la puissance de son nom.
Chez les Kinsky de Vienne comme chez les Médicis de Florence, on a bien compris l’usage que l’on peut tirer de l’art pour nourrir son image de marque. D’ailleurs, au début du dix-huitième siècle, un prince Kinsky sera l’un des trois cosignataires du contrat garantissant une rente viagère à Beethoven. Et maintenant, regardez la façade jaune et blanche de ce palais étourdissant, le plus beau de la ville. Premier constat, par ses proportions, il se détache facilement des constructions environnantes qu’il domine en largeur et en hauteur. Vous voyez ?: il est comme installé sur un îlot. Ensuite, il dégage une élégance tranquille. Par ce qu’ici, les éléments de structure comme les fenêtres, ou les corniches se marient harmonieusement avec les éléments de décoration. Tout est posé avec assurance. Que notre regard aille de bas en haut ou de gauche à droite, il n’est pas choqué par une rupture visuelle trop forte. Livrons-nous à l’exercice. Regardons au sol. Vous y êtes ? Bien ! Maintenant, faisons lentement monter notre regard : d'abord, nous voyons ce rez-de-chaussée traité en bossage. Le bossage, c’est cette pierre laissée à l’état plus ou moins brut. Ici, le bossage les aspérités donc est très doux. Et souvent le bossage est associé à une fonction de défense et donc guerrière de l’édifice. Il rappelle ces châteaux forts du moyen âge dont la base était souvent un gros rocher laissé à nu. Et donc si on décode le message ici, cela veut dire que certes, les Kinski sont une grande famille guerrière, mais qu’ils se sont adoucis avec le temps. Continuons à lever les yeux : nous voyons alors ces longs pilastres qui sont ces colonnes saillantes. Ici, vous voyez, elles couvrent deux étages. Dans ce cas, on dit qu’elles sont monumentales. Elles unifient les étages en les englobant. Prenez le temps de bien regarder une colonne : voyez comme elles sont fines, et décorées de jolies cannelures. Et au sommet, on voit de belles moulures. Ici, la variété des solutions trouvées est remarquable. Regardons au 2d étage par exemple et voyons les fenêtres: elles sont couronnées de frontons différents suivant qu’elles éclairent l’avant-corps central ou les ailes latérales. Dans un cas, le fronton est cintré. Dans l’autre, il est retroussé un peu comme un toit de pavillon chinois. Et la hiérarchie est toujours respectée, car seule la fenêtre centrale du premier étage se différencie des autres. C’est celle qui correspond à la partie la plus noble de l’édifice, celle vers laquelle tous les regards sont invités à se diriger. Cette fenêtre est de plus surmontée d’un écusson décoré aux armes de la famille. Il est présenté par deux putti -deux Amours donc. Voyez le portail à présent : il est très travaillé, admirez en particulier les deux atlantes qui soutiennent l’entrée. Avouons-le, leur pose évoque moins l’effort déployé par deux esclaves pour résister à l’écrasement qu’un pas de danse léger et sensuel. Enfin, admirons le haut de la façade, au-dessus des pilastres. Une balustrade vient couronner le tout, décorée de statues et de trophées qui semblent défiler en clamant les vertus guerrières et intellectuelles du propriétaire. Hildebrandt reprend ici la leçon initiée au Palais du Belvédère pour le prince Eugène de Savoie.


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