Les scènes présentées sur le Mausolée

Les antiques de glanum puis st paul de mausole

Les scènes présentées sur le Mausolée

Revenons à notre monument.Vous voyez qu'il est construit sur une estrade de pierre à degrés de tailles différentes. Nous voyons que toute la partie basse est sculptée de bas reliefs comme s'il s'agissait d'un vrai sarcophage. Les quatre faces ont reçu un décor sculpté bordé de guirlandes dans les parties supérieures. Les quatre faces sont inégalement conservées, les plus abîmés étant victimes de leur orientation. Mais cela ne nous empêche pas de voir que la qualité de la sculpture devait être tout à fait remarquable par sa force, sa puissance d'expression et son mouvement. Approchons-nous de la première scène ; nous allons commencer par celle qui est du côté de la route.
La scène que vous découvrez est, comme les 3 autres, une scène qui met en évidence la valeur guerrière des personnages. Le thème général de l'œuvre, comme très souvent, est de mettre en relation des scènes de la mythologie ou de l'histoire grecque et de faire un amalgame entre le héros de légende et la personne à qui est dédiée le cénotaphe. Les 4 scènes autour du monument vont faire intervenir les valeurs admirées et respectées dans la Rome antique: le courage, la force, l'habileté… Voilà pour l’idée. Regardons la réalisation maintenant. Alors : les scènes représentent les guerres entre les Grecs et le redoutable peuple des amazones, femmes farouches qui, disait-on, se coupaient un sein pour mieux tirer à l'arc. Regardez, à droite du héros central : on en voit une à cheval, retournée vers l'arrière. Elles furent néanmoins battues par les Grecs. Alors, comment est-ce qu’on s’en rend compte ? : et bien, regardez encore le personnage –le soldat- au centre du relief : vous voyez un personnage ailé qui tient quelquechose à la main et qui donne ce quelque chose au soldat. C’est un peu abîmé, mais ce pourrait être un trophée. En tous cas, ce quelque chose est ce qui symbolise la victoire. C’est un petit peu comme un match de boxe de nos jours où il n’est pas toujours évident pour le spectateur de savoir qui a gagné : et bien c’est l’arbitre qui décide à la fin du match et qui donne la récompense, un trophée au vainqueur. Ici, c’est pareil : pour les ceux qui ne connaissaient pas la mythologie grecque, on indiquait clairement qui avait gagné. Et maintenant, regardez à l'extrême gauche du relief : on voit la famille qui reçoit les nouvelles de sa victoire et on assiste à son accession à la citoyenneté romaine. Cette famille de Julii est une famille sûrement originaire de la ville de Glanum qui se trouve de l'autre côté de la route.
Juste un mot sur le style de cette œuvre. Voyez comme la composition est très vivante et très animée. La sculpture est d'une bonne facture : le mouvement est rendu dans toute sa diversité par les attitudes énergiques des personnages. Remarquez les plis profonds des vêtements des personnages de gauche, et aussi le relief profond donné au personnage qui se protège de son bouclier sur le devant de la scène. Bref, sans être un grand expert de la sculpture romaine, on voit bien que celle-ci est de bonne qualité : il suffit de regarder pour se laisser charmer. Nous sommes donc à une période relativement ancienne, car, très vite après le début du déclin de l’Empire romain, il y avait de moins en moins d’artisans capables de sculpter avec une telle qualité. Comme tous les panneaux de ce monument, la scène est surmontée en haut par une guirlande soutenue par des putti, sorte de petits angelots sans ailes. Dans les creux de la guirlande ce sont des masques de monstres que vous voyez. Ces monstres ne sont pas romains. On peut trouver dans ces représentations une influence des cultures locales. Nous allons maintenant tourner autour du mausolée dans le sens des aiguilles d'une montre. Donc, nous allons regarder maintenant le relief à gauche de celui-ci.

Le thème principal de cette scène est une chasse au sanglier de Calydon. Elle est conduite par Méléagre aidé de Castor et Pollux. Méléagre est un roi mythique de la Grèce antique qui prit part à l'expédition des Argonautes pour aller conquérir la Toison d'or. Il se rendit célèbre en tuant un énorme sanglier qui dévastait la ville de Calydon où l'expédition s'était arrêtée. Nous voyons la tête du sanglier qui pointe son nez en bas à droite de la scène : les cavaliers au-dessus sont les demi dieux jumeaux Castor et Pollux. De l'autre côté, plus à gauche, on voit des blessés qui sont emportés par leurs compagnons. L'œuvre est assez abîmée, c’est vrai ! Mais voyez les chevaux : ils semblent jaillir de la pierre avec une force et une puissance étonnante. Regardez encore à gauche : vous voyez un cheval cabré pratiquement debout sur ses pattes arrières, alors que plus à droite, vous en découvrez un autre vu de face, qui saute par dessus le sanglier. Maintenant, complètement à droite sur le pilier qui borde la scène, remarquez la francisque que brandit un des chasseurs. Cette hache à double tranchant est une arme des guerriers gaulois, ce qui montre que le sculpteur de ce relief était lui aussi originaire de cette région et pas du tout de Rome. Continuons à tourner autour de l'œuvre nous allons regarder la 3e face.

Le bas-relief représente encore une scène où le courage et la vertu sont mis à l'honneur. Ici Ménélas, époux malheureux d'Hélène et roi de Sparte, fait protéger le corps de Patrocle qu'on voit allongé par terre au milieu en bas par une haie de boucliers que tiennent les soldats. Patrocle était l'ami d Achille et il trouva la mort devant la ville de Troie pendant la guerre menée par les Grecs pour récupérer la belle Hélène. C'est l'histoire que nous raconte Homère dans l'Iliade. Vous pouvez remarquer ici les cimiers des casques des soldats .ils sont tous différents et assez fantaisistes. Le plus joli est celui du soldat debout presque au centre. L'unité entre les scènes est toujours donné par la même guirlande soutenue par des putti. Les masques grimaçants alternent avec les putti. Allons voir la dernière face.

Elle représente encore des scènes guerrières. Comme vous le voyez, ce sont des combats de cavaliers. Et là encore, malgré l'usure du temps, on ne peut qu’être surpris par la vigueur avec laquelle les chevaux sont traités ; on dirait qu'ils vont s'extirper de la pierre. Nous ne savons pas au juste quelle scène mythologique est représentée ici. Mais en tous cas, ce cycle que nous venons de voir a été élaboré pour commémorer la grandeur d'une famille. Étant donné son nom de famille « Julii », il est très vraisemblable qu’un de ses glorieux ancêtres ait servi dans les armées de Jules César. Et comme les Romains étaient très fiers de leur nom, il est très probable aussi qu’il s’agissait d’une famille, non romaine à l’origine, qui a obtenu la citoyenneté romaine en remerciements de services rendus dans l'armée. Et tant qu’à choisir un nom romain, autant que ce soit celui du grand homme du moment.
Nous voici donc revenus à notre point de départ.
Levons les yeux pour admirer les parties hautes. Au-dessus des reliefs sculptés, la partie médiane du monument est construite comme un petit arc de triomphe à quatre faces. C'est ce qu'on appelle un quadrifrons. Au-dessus de cette partie, vous voyez le petit temple circulaire qui justifie le nom de lanterne qu'on peut donner à ce monument. Lui aussi est fait de colonnes délicatement cannelées et qui sont couronnées de jolis chapiteaux à feuilles d'acanthe : il abrite deux statues en pied de personnages qu'on devine à peine. Ce sont les Julii. Ce monument était placé dans un lieu non habité, en dehors de la ville, mais était proche d'une voie de passage importante, la via domitia, pour être vu de loin. Il n'aurait pas été de bon goût d'élever un monument aux morts à l'intérieur de la cité. Elle était réservée aux vivants, les morts du monde romain étant toujours enterrés à l'extérieur de la cité, de préférence le long des voies de communication et des grandes routes pour qu'on ne les oublie pas.


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