Le monument des Néréides

Les chefs-d'oeuvre du british museum

Le monument des Néréides

Revenons à présent au centre de la pièce, dépassons les taureaux ailés et continuons notre chemin tout droit vers la salle 17. C'est la salle suivante : elle est consacrée au monument des néréides.
Le monument des Néréides est le temple que nous voyons sur notre droite en entrant. Et en réalité, ce n'est pas un temple, mais un tombeau. Il provient de Xanthos en Lycie, province de la côte sud ouest de la Turquie actuelle. Il daterait de 380 avant Jésus-Christ et serait l'œuvre d'un sculpteur grec pour un roi lycien. Au 4ème siècle, la Lycie faisait alors partie du monde qui subissait l'influence des Grecs tout comme une grande partie des cotes de la méditerranée orientale. Les artistes qui travaillaient comme architectes et sculpteurs connaissaient très souvent les créations de la Grèce continentale où l'art du siècle de Périclès avait vu le jour un siècle auparavant;
Mais dans cette partie du monde les influences orientales doublées d'une sensibilité plus souriante et libre permirent la naissance d'un art nouveau qu'on appelle hellénistique. Les sculpteurs et les architectes adoptèrent un style plus léger, plus fleuri que celui de leurs ancêtres et surtout plus vivant et animé. L'exemple du tombeau des néréides nous permettra d'évoquer cet art plein de vie et de sensualité.
D'ailleurs, il est le plus grand tombeau de ce type qui ait été retrouvé. Comme presque tout le matériel archéologique de cette partie du monde, il fut découvert et apporté au British muséum au 19e siècle. Il est ici reconstitué à droite de la salle en entrant mais toutes les sculptures exposées sur les murs ou présentées ici proviennent de cet édifice.
Ce tombeau adopte la forme d'un petit temple grec construit très en hauteur. C'est ce qu'on appelle un tombeau pilier. Nous allons en décrire les différentes parties, en partant du bas. Regardons. Comme vous le voyez, il est construit sur un socle qu'on peut diviser en trois bandes. Deux d’entre elles forment le podium, sorte d’estrade, élément habituel du temple grec. Elles sont toutes 2 ornées de frises continues qui rapportent des scènes de guerre. La plus large, celle du bas, nous présente des guerriers en plein combat. Regardez bien ces guerriers : ils sont armés de grands boucliers ronds et d'arcs. Ils ont l'armement des troupes perses et non celui des Grecs. Bizarre pour un temple grec : en fait, pas tant que cela, car, au 4e siècle avant Jésus-Christ, le roi de Lycie était encore vassal des Perses. Les combattants nus, eux appartiennent à la tradition grecque.

Maintenant, regardez la frise supérieure : elle nous montre le siège d'une ville. À l'extrême gauche, nous en voyons les portes fermées et les soldats qui en font le siège. En particulier, regardez le combattant qui dresse une échelle quand, sous lui, un soldat est en train de saper la muraille. Remarquez aussi les essais assez naïfs de mise en perspective de la ville. Bien. Quittons les frises et regardons maintenant les colonnes si finement cannelées et surmontées, à leur sommet de chapiteaux gracieusement enroulés.
Dans l'art grec, ce sont les chapiteaux de colonnes qui déterminent le style de l'architecture. Ici les chapiteaux sont dits ioniques, c'est-à-dire qu’ils sont formés de 2 volutes qui s'enroulent à chaque coin. Le style ionique, très gracieux, naît en Grèce orientale, région bordée par la mer Ionienne d’où il tire son nom. Entre les colonnes était disposées des statues de nymphes: les Néréides, nymphes de la mer, filles de Nérée et de Doris. Au nombre de cinquante, elles formaient le cortège de Poséidon le dieu de la mer. Représentées sous les traits de belles jeunes filles, aux cheveux ornés de perles, elles montent des dauphins ou des chevaux marins. Souriantes et avenantes, elles se montrèrent toutefois cruelles une fois avec Cassiopée, reine d'Ethiopie, qui prétendit un jour être plus belle qu’elles ! Outragées, elles se plaignirent à Poséidon, qui envoya un monstre marin ravager le pays. Un oracle apprit à la reine que le seul moyen d'apaiser le monstre était de lui sacrifier sa fille Andromède. On attacha la princesse à un rocher, et alors. Et alors survint Persée. Mais ceci est une autre histoire. Derrière les colonnes, nous apercevons une salle : on la nomme « la cella ». C’est l’endroit où se trouve le sarcophage. Dans un temple, c'est la salle réservée à la statue de la divinité à laquelle est dédié le temple. Ici le mort prend la place du dieu. Les colonnes soutiennent une frise sculptée de scènes de chasse qui se déroulent sans interruption sur toute la largeur du temple. Elle figure une chasse à l'ours. Regardez comme elle est vivante. A l'extrême gauche, arrivant au galop, un chasseur à cheval. Le cheval se cabre quand il voit l'ours, lequel est blessé. Debout sur ses pattes arrière, il fait face à un chien qui l'attaque tout en léchant sa patte antérieure blessée par des cavaliers qui le poursuivent. Vous les voyez arriver sur la droite. La dynamique et la vie qui anime cette frise témoignent de la très grande dextérité du sculpteur et de son grand sens de l'observation. Au-dessus de la frise, un motif denticulé assez épais forme la corniche. Regardez : c'est la partie qu'on dirait confectionnée de petits cubes. Ces motifs ornementaux géométriques sont typiques de l’art grec. L'édifice est terminé par un fronton triangulaire qui abrite un tympan sculpté, la partie qui accueille les sculptures. Ici, la scène représente le roi et la reine qui assis reçoivent l'hommage de la cour Nous ne voyons de ce tombeau que la façade principale. Les bandeaux de sculptures se prolongent tout autour de l'édifice. Ils sont maintenant exposés dans la salle où nous nous trouvons le long des murs. Vous pouvez les détailler, vous vous apercevrez vite que les sujets ne diffèrent pas de ceux que nous avons évoqués. Ce sont des scènes de combat, thème que l’on retrouve fréquemment dans les frises de la Grèce antique. Les attitudes des personnages ne sont pas très originales et obéissent à des canons de représentation présente dans toute la Grèce. L'artiste a fait ici preuve d'imagination et de verve dans les scènes qui laissent libre cours à la narration; par contre, les scènes de combat sont des thèmes conventionnels moins inventifs.


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