Le château de Schönbrunn vu de la cour par Bellotto

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

Le château de Schönbrunn vu de la cour par Bellotto

Mais allons sans plus attendre dans la galerie. Tournez le dos à l’escalier puis contournez le café qui est face à vous en prenant sur sa gauche. Et entrez dans la première salle précédée d’une porte vitrée. Il s’agit de la salle numéro 7 en chiffre romain au dessus de la porte.

Nous sommes donc dans la salle N°7. Quand vous avez la porte dans le dos, tournez vers la gauche. Vous voyez un long mur ? Longez-le et rendez-vous vers l’avant-dernier tableau situé en bas à droite. Il s’agit du « Château de Schönbrunn vue de la cour » peint par Bernardo Bellotto. En allemand, vous lirez le «Kaiserliches Lustschloss Schönbrunn ». En allant vers ce tableau, nous allons vous parler de belotto. C’était un artiste vénitien itinérant du 18e siècle. Venise n’est alors plus que l’ombre d’elle-même. Elle est devenue un musée visité par de nombreux touristes. La dernière génération de bons artistes de l’époque peindra comme des cartes postales souvenirs de Venise pour ces nouveaux acheteurs. Ce sont les « vEdute ». Ils peignent des vues urbaines donc.  Le plus connu d’entre eux fut Canaletto et Bellotto est son neveu. Il partit pour Dresde en 1747 où il reçut le titre de peintre de la cour. En 1757, il vint à Vienne où il exécuta 17 vues de la ville et des alentours dont celle du château de Schönbrunn. Sa route le conduisit ensuite à Varsovie et à Munich. Les «Vedute» de Bellotto dépeignent la vie quotidienne au milieu d’architectures saisies dans les moindres détails. Les tableaux sont le plus souvent baignés d’une lumière argentée.
Et maintenant, admirons ce chef-d'œuvre pour découvrir une belle représentation du plus célèbre château d’Autriche. Avec ce tableau, nous nous trouvons en fait dans la cour d’honneur du palais d’été de la famille impériale. Regardez au fond : nous voyons se dresser fièrement la magnifique façade régulière et ornée de colonnes du château. Nous remarquons que ce bâtiment forme une longue façade rythmée par des rangées superposées de hautes fenêtres séparées par des colonnes ou des pilastres. Ce type d’architecture dérive directement du château de Versailles. De même, comme à Versailles, il a des avancés particulièrement mise en valeur aux deux extrémités et au centre. Maintenant, concentrez-vous sur la partie centrale. Elle est un peu différente du reste de la façade, car elle est munie de hauts pilastres bien mis en relief et surtout d’un escalier. Il s’agit en effet de l’entrée principale du château. Si vous avez l’occasion pendant votre séjour à Vienne d’aller à Schönbrunn, vous pourrez constater que le château n’a pas changé depuis le 18e siècle.
Pour éviter une certaine monotonie, le bâtiment est agrémenté de 3 pavillons se détachant sur le reste de la longue façade. Au centre domine le pavillon que nous venons de décrire et ensuite nous trouvons un pavillon rectangulaire à chaque extrémité. Le château constitue ainsi un U qui est traditionnel de l’architecture baroque. Sans le détailler de manière fastidieuse, nous constatons néanmoins que Bellotto a rendu les moindres éléments de la façade. Nous pouvons presque parler de vue photographique tant ce bâtiment est réaliste. En fait, l’artiste utilisa certainement une astuce pour tracer avec justesse les grandes lignes de sa façade : la Chambre obscure ! Avez-vous déjà entendu parler de cet instrument ? Et bien sans rentrer dans le détail, il s’agit d’une invention italienne très souvent utilisée par les peintres de Vedute. Imaginez une grande boite ressemblant un peu à une cabine téléphonique, mais entièrement en bois et sans fenêtre. A l’intérieur, le peintre peut s’asseoir dans le noir le plus complet devant une tablette sur laquelle il pose sa feuille de dessin. Exactement au-dessus de la tablette, il y a un trou qui est percé dans le plafond et un mini périscope qui y est installé. Grâce à cette loupe, les monuments extérieurs sont projetés sur le papier. Ils le sont de manière réduite certes mais exacte. Le peintre n’a plus qu’à suivre au crayon les lignes projetées : un peu comme avec un papier calque. Astucieux, non ?
En amenant votre regard vers le pavillon situé à l’extrême gauche, vous remarquez une foule assemblée qui regarde vers les fenêtres du premier étage. De ces dites fenêtres, nous voyons apparaître quelques personnes sur un balcon. Il s’agit de la famille impériale encadrant l’impératrice Marie Thérèse dont nous ne pouvons pas distinguer en raison de la petitesse des figures et de l’éloignement du bâtiment au fond de la composition.
Cette scène montre un événement historique précis. L’impératrice attend avec impatience l’arrivée de son ambassadeur le comte Joseph Kinsky qui vient lui apporter la nouvelle de la victoire autrichienne sur les troupes de Frédéric 2 de Prusse en 1759. Mais cette vue de Schönbrunn est surtout un extraordinaire document montrant la vie de cour au 18e siècle.
La cour est peuplée de nombreux personnages qui animent la composition. Bellotto a placé quelques groupes plus grands que les autres au premier plan afin d’attirer notre attention. Il s’agit de personnalités du quotidien de Schönbrunn. Nous voyons ainsi au premier plan et à gauche, un groupe de moines en grande discussion. Les avez-vous repérés ? Ils sont facilement reconnaissables grâce à leurs longues robes de bures marron. Dans la très catholique Vienne, il est évident qu’au 18e siècle, les rues et surtout les alentours du palais impérial étaient envahis par les ecclésiastiques. De plus, Marie Thérèse était très fervente. Ensuite, regardez au milieu du premier plan : nous observons un magnifique carrosse. Regardez comme Bellotto a su rendre la finesse de cette voiture avec ses portes dorées et ses ornements. Que pouvons-nous en dire sinon ? Et bien qu’il appartienne à un noble, mais pas à un membre de la famille royale. Pourquoi ? et bien, un noble car c’est UN beau carrosse ornementé. Mais comme il est simplement attelé à 2 chevaux bruns, on sait qu’il n’a pas de sang impérial. Car les voitures de la famille impériale étaient tirées par 6 chevaux blancs ! Regardons devant le carrosse maintenant : nous apercevons deux dames et un enfant. Elles sont très absorbées par un défilé militaire qui passe devant elles à droite du tableau et se rend en direction du château. Devant ces dames, nous voyons encore deux soldats en grande discussion. Ils portent un tricorne, un uniforme blanc et une longue queue de cheval tressée sur la nuque. Ce costume est caractéristique de l’armée impériale autrichienne sous le règne de Marie Thérèse.


<< 7 - La composition du Pl...         9 - L’archange Saint Mic... >>

Sommaire complet du dossier :