La Madone du rosaire de Caravage

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

La Madone du rosaire de Caravage

Quand vous êtes face au tableau de Giordano, rendez-vous vers la grande porte qui s’ouvre à sa droite. Nous vous retrouvons dans la salle suivante qui est la N°5 en chiffres romains.

Quand vous avez la porte dans le dos, tournez-vous vers le mur de droite et arrêtez-vous devant l’immense tableau accroché au centre. Il s’agit de la Madone au rosaire du Caravage. En allemand, vous lirez « Rosenkranzmadonna ».

Nous voilà devant le tableau, mais tout d’abord, un mot sur l’artiste, un des très grands peintres de son temps. Comme nous le verrons, la peinture lui doit beaucoup. Caravage, de son vrai nom Michelangelo Merisi dit-il Caravaggio, est né en 1571 à Milan. En 1590, il part à Rome où il mène une vie de Bohème étant toujours révolté contre l’autorité. Il est buveur, bagarreur, et, ce qui n’arrange pas les choses dans l’entourage papal, homosexuel. En 1606, il doit fuir Rome après avoir tué un voyou lors d’une rixe. Mais il est surtout connu pour avoir inventé le clair-obscur, c'est-à-dire ces jeux d’ombre et lumière. Et avec « La Madone » , devant nos yeux, nous allons voir comment fonctionne cette technique chez Caravage. Alors, pour ceux qui le souhaitent. Analysons le tableau. Et tout d’abord, que voyons-nous ? Au centre, une jeune femme assise et vêtue d’une longue robe tient un adorable enfant debout sur ses genoux. Il s’agit bien évidemment de la vierge Marie et de Jésus.
A ses pieds est assemblée une foule de personnages tendant les bras dans un geste de pitié. Amusez-vous à suivre les bras et voyez vers où ils se dirigent. Cette foule n’est pas tournée vers la vierge, mais vers un moine en bure qui se tient sur la gauche de la composition et lève les yeux vers Marie. Et on sent qu’il y a comme un jeu subtil de communication entre la vierge et le moine.
Voyez la Vierge Marie : elle penche la tête en direction du moine et le fixe du regard. Maintenant, si nous suivons la direction du doigt de Marie, nous arrivons sur les mains tendues d’où pendent de longs colliers de perles noires. Il s’agit du rosaire. A quoi correspond donc cet événement ? Et bien en fait, la vierge ordonne au moine, en l’occurrence Saint Dominique, de distribuer le rosaire au peuple. Le mot rosaire remonte au Moyen âge et provient de la tradition qui consistait à couronner les statues de la vierge de roses. Il y avait ainsi une véritable couronne de roses, le rosaire donc. Chaque rose symbolisait une prière adressée à Marie. Puis, dès le 12e siècle, cette couronne de roses devient une couronnes de grains qui évidemment piquent moins et peut ainsi être transportés sur soi. Et puis bien sûr, les grains de bois ne fanent pas. Ces colliers de grains –chaque grain représentant toujours une prière- continueront donc de s’appeler « rosaire » ou « chapelet ». Et, au 13e siècle, Saint Dominique, le fondateur de l’ordre des Dominicains, prescrivit à ses moines de porter un rosaire à la ceinture. Le rosaire comporte cinq séries de dix grains, chaque série étant suivie d’un grain de séparation. La récitation du chapelet comporte en effet cinq dizaines d’Ave Maria (c’est la prière du « Je vous salue Marie »), chaque dizaine étant introduite par un Pater (c’est la prière du « Notre Père ») et suivie par un Gloria (c’est la prière du « Gloire au Père »). Retournons à notre tableau et voyons le bord droit, et à même hauteur que Dominique. Un autre moine nous regarde. Il tend la main pour nous inviter à admirer la figure principale, c'est-à-dire la Vierge. Mais qui est ce moine ? Il s’agit de Saint Petrus, un moine dominicain qui devint un martyre. Nous ne rentrons pas dans les détails de sa vie car ici, sa présence est surtout intéressante sur le plan de la composition picturale. Caravage a repris un principe traditionnel de la peinture italienne de la Renaissance: c’est le « contraposto ». Le principe est simple : A une extrémité du tableau, un personnage nous regarde – ici c’est Saint Petrus le martyre , ce qui a pour effet d’attirer notre attention. Et puis, à l’autre extrémité, un second personnage, Saint Dominique, nous montre le sujet principal. Ainsi, nous sommes attirés par un phénomène de va-et-vient vers le sujet essentiel de la composition.
Voyons maintenant le traitement pictural caractéristique du Caravage. Deux points essentiels sont à retenir dans l’œuvre du maître italien : 1/ le Naturalisme et 2/ le jeu du clair obscur.
Commençons par la 1ere caractéristique qui est le naturalisme. Nous le voyons dans le réalisme parfait et le souci du détail exact avec lequel Caravage a peint cette oeuvre. Il ne veut plus de la beauté idéalisée de la Renaissance italienne qui montre des personnages sans ride et sans défaut. Non, Caravage montre des détails tirés de la vie ordinaire et ses personnages sont originaires de son environnement romain. Regardez par exemple, le Christ. Vous le voyez ?? Et bien, Caravage ne montre pas un angelot idéalisé. Au contraire, on dirait un enfant sorti des rues de Naples. Voyez son ventre gonflé et comme il est mis en avant. De même, la chevelure blonde est bouclée et un peu ébouriffée. Son regard maintenant : il est un peu lourd de fatigue et surpris par l’événement qui se produit autour de lui. Baissez le regard vers le bas du tableau pour contempler les pieds des personnages agenouillés. Que remarquez-vous en regardant ces pieds ?? Rien ?? Mais si voyons !! Remarquez comme ils sont sales !!! Ce qui est normal puisqu’ils marchent pieds nus dans les rues de leur cité. Rien de superficiel donc ! La position des figures est également très naturaliste comme celle de Saint Dominique à gauche. Il tend les mains en signe d’offrande vers le peuple, tout en observant la Vierge d’un regard chargé de surprise et d’imploration. Regardez la foule et en particulier, voyez en bas à gauche, la femme vêtue de vert. C’est celle qui se penche pour tenter de voir Dominique au-dessus des autres protagonistes. En même temps, elle est déséquilibrée, car elle pose un bras attendri sur son fils agenouillé. Cet enfant se cache dans l’ombre des adultes ? Tout cela est très naturel… et très novateur aussi.
Passons à la 2eme caractéristique maintenant, qui est le jeu de l’ombre et de la lumière nommée le clair-obscur. Expliquons brièvement cette technique dont Caravage fut l’inventeur révolutionnaire. Les personnages sont placés dans une semi-obscurité. Voyez comme l’arrière-plan du tableau, est très sombre, de même que les bords droits et gauche de la composition. Vous avez vu ? Bien ! En revanche, une lumière éclaire violemment la vierge et l’enfant. Elle semble ensuite se répandre sur les autres figures par un mouvement allant de la vierge vers le bas. La surface éclairée est largement étendue et correspond au centre d’intérêt: la Vierge et les adorateurs. Mais Caravage ne s’est pas contenté d’un effet général de lumière. Au contraire, il fait alterner l’ombre et la lumière pour accroître l’importance de chaque détail. Observez Saint Dominique. Voyez comme il est plongé dans l’ombre. En revanche, regardez ses mains : elles reçoivent un intense rayon de lumière pour attirer le regard sur les rosaires qu’elles tiennent. De même, la lumière joue avec énormément de raffinement sur le bras et l’épaule dénudés de l’homme agenouillé en bas à droite. Voyez-vous comme chaque muscle est perceptible grâce à l’alternance d’ombre et de lumière ? Retenez encore que Caravage eut une immense influence bien au-delà des frontières de l’Italie. Il est ainsi traditionnel de parler des caravagistes du Nord en Hollande et dans les Flandres qui poussèrent encore plus loin ce travail sur la lumière. Parmi ces caravagistes du nord, citons Vermeer et Rembrandt.


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