Le portrait de l’infante Marguerite Thérèse par Velázquez

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

Le portrait de l’infante Marguerite Thérèse par Velázquez

Quand vous êtes face au tableau de Gentileschi, vous voyez une porte à droite du tableau, elle mène à la salle suivante, la salle N°9 mais en chiffre arabe cette fois-ci.

Quand vous avez la porte dans le dos, une autre porte s’ouvre dans le mur de droite. Prenez cette porte et retrouvons nous dans la salle suivante numéro 10 en chiffre arabe

Tournez-vous vers le mur situé exactement à droite de la porte et arrêtez-vous devant le premier portrait d’enfant accroché à gauche de cette porte. Il s’agit du portrait de l’infante Marguerite Thérèse par Velázquez.

Nous sommes ici devant une œuvre du plus grand portraitiste de la cour d’Espagne : à savoir Diego Rodriguez de Silva y Velázquez. Né à Séville en 1599, il suit une formation de peintre dans sa ville natale. A l’âge de 24 ans, il quitte Séville pour s’installer à l’Alcazar : le palais royal de Madrid. Nommé peintre du roi Philippe 4, il ne quittera plus jamais le palais et l’estime du roi ne le quittera pas. Philippe 4 aimait à venir le voir peindre dans son atelier où un siège lui était réservé. Rapidement Velázquez se lit d’amitié avec le génie flamant Rubens et accompagne ce dernier en Italie. Il en profite pour étudier les maîtres de la Renaissance tout en achetant des tableaux pour les collections de son souverain. Il meurt en 1660 épuisé par les nombreuses charges que le roi lui avait attribuées. Il a atteint au génie grâce à ses portraits d’aristocrates et de membres de la famille régnante espagnole. De ses voyages en Italie, il apprendra notamment la technique du clair obscur créée par Caravage. Mais surtout, toutes ces techniques, il les mettra au service d’une recherche de vérité psychologique. Ce sera la grande marque de Velazquez.
Et maintenant, contemplons ce magnifique portrait d’enfant ! Regardez les yeux : ils sont pétillants de jeunesse ! Et les traits sont poupons. Cela dit, voyez comme la fillette se tient droite, avec ses bras écartés de part et d’autre de sa vaste robe bleue relevée de broderies d’or et d’argent. Regardez sa main à droite : elle tient un long manchon de fourrure. Bref, l’étoffe des rois a déjà remplacé le jouet ! De même, sa pose est sévère, son regard est droit et son port de tête –reconnaissons le- est assez hautain : tout cela nous fait penser à une adulte consciente de sa condition sociale. Et en fait, il s’agit Marguerite Thérèse, infante d’Espagne, alors âgée de 8 ans. Et cela explique le tableau et son coté bizarre de voir une si petite enfant dans une pose aussi artificielle. Car l’infante est déjà candidate à des fiançailles impériales. Tandis que sa sœur Marie Thérèse va épouser le roi de France Louis 14, elle a été choisie pour épouser son cousin, le futur empereur d’Autriche. Il s’agit donc d’un portrait officiel commandé par le roi d’Espagne, père de Marguerite pour l’envoyer en cadeau diplomatique à la cour impériale viennoise. Velázquez montre donc l’enfant avec les traits propres à son âge mais avec cette pose rigide- il laisse deviner qu’elle a déjà endossé son rôle de souveraine d’Autriche. On la dirait prête à recevoir des audiences. Velázquez nous montre avec un immense réalisme et un grand talent toute la douceur et la fraîcheur de l’enfance corsetées dans la rigueur du cérémonial.
Tandis que le visage et la robe sont illuminés, voyez comme l’arrière-plan est très sombre. Cet exemple de clair obscur concentre notre attention sur Marguerite : elle ressemble presque à une silhouette découpée. Et maintenant, voyons aussi comment velazquez s’est également servi avec subtilité de la matière picturale et des possibilités de poser la peinture en couche plus ou moins épaisse. Par exemple, regardez attentivement le visage et les mains et attachez-vous à l’épaisseur de la peinture : la couche semble fluide et légère, non ? Ce qui donne l’impression d’une peau douce. En revanche, la robe est brossée avec énergie et une couleur très épaisse. Nous pouvons parfaitement en distinguer les traits de pinceau. Remarquez comme la robe brille avec des reflets presque métalliques et combien les plis sont cassés de façon très rigide. Et ainsi, encore une fois, le peintre fait ressortir un contraste. La 1ere froide, contraste entre la pose royale et la tête enfantine. La 2ème fois, contraste de lumière. Et cette fois-ci, contraste entre les épaisseurs de peinture pour montrer le contraste entre la légèreté de l’enfance et la lourdeur du protocole de cour.


<< 11 - Le repos pendant la ...         13 - La prise de Jérusale... >>

Sommaire complet du dossier :