La Conversion de Paul par Parmesan

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

La Conversion de Paul par Parmesan

Nous vous proposons de repartir un siècle en arrière et de retrouver la peinture italienne, Renaissance cette fois, avec le Parmesan. Nous allons gagner la salle 2 en chiffres arabes. Et pour cela nous allons traverser plusieurs salles. Tout d’abord, revenez sur vos pas  jusqu’à la salle du Caravage qui –rappelons le-est la salle N°5 en chiffres romains. Nous repassons donc dans la 10, puis dans la 9 puis arriverons dans la 5.

Vous venez de rentrer dans la salle 5. Et maintenant, prenez la porte sur le mur de droite : elle vous mènera à la salle 4 en chiffres romains.

Traversez cette première salle N°4 puis traversez ensuite la salle n°3 en chiffre romain à nouveau pour arriver dans la salle n°3 mais en chiffres arabes. Toujours tout droit donc.

Une fois dans cette salle, gagnez la salle N°2 en chiffres arabes qui est sur votre gauche.

Et nous voici enfin dans cette salle 2. Le tableau de Parmesan en question est sur le mur de gauche. Vous verrez un homme barbu qui git aux pieds d’un cheval. Il s’agit de la Conversion de Paul par Parmesan. Vous êtes devant le tableau ? Comme vous le constatez sans mal, nous sommes ici bien loin du style de Poussin. Ici, tout est exagéré. Le style est appelé « maniériste » et le tableau est dû au pinceau de Francesco Mazzola, surnommé le Parmesan. Pourquoi ce surnom et bien tout simplement car il est né à Parme. En 1503 pour être plus précis. Il étudie la peinture dans l’atelier familial puis se rend à Rome en 1524 où il fréquente assidûment le milieu des artistes et travaille pour le pape. Il excelle dans toutes les disciplines: gravure, huile sur toile, fresque. Il est surtout connu pour être un immense dessinateur, sans doute l’un des plus grands de l’art italien. Il s’installe ensuite dans la région de Parme où il s’éteint en 1540 à l’âge de 37 ans. Son style se distingue par une extrême élégance propre au maniérisme dont il est l’un des fondateurs. Alors quelles sont les caractéristiques du maniérisme : en jetant ne serait-ce qu’un coup d’œil au tableau, elles sautent aux yeux, non ? Regardez que remarquez-vous ? Des poses maniérées ? Oui, c’est la caractéristique principale du style d’où son nom. Mais on notera aussi : des figures exagérément longues, des membres trop fins et trop longs. Mais Parmesan -lui- se caractérise aussi par son traitement compliqué des plis des étoffes. Et cela témoigne tout simplement de sa grande maîtrise du dessin. Essayons de retrouver les caractéristiques du peintre dans ce tableau. Et tout d’abord, décrivons la scène. Un cheval blanc est cabré devant un paysage aux couleurs violentes. A ses pattes gît un homme barbu. Il a été désarçonné et il lève vers le ciel un visage aux yeux convulsés. Mais qui est-il ? Et bien, il s’agit du soldat romain Saul partant en mission vers Damas pour y massacrer les Chrétiens. Sur le chemin, il reçoit le message du Christ et c’est par un sentiment d’extase religieuse qu’il est désarçonné. Saul va aussitôt se convertir au christianisme, changer son nom de Saul en Paul. Et maintenant, regardons l’œuvre en tant que telle. Et commençons par le cheval qui domine le tableau sur toute sa hauteur. Voyez son cou et sa tête aussi !! Remarquez comme il n’est pas du tout naturel ! Avez-vous déjà vu un cheval au cou si long et à la si petite tête ? Une tête bien étrange, non ? Avec ses yeux presque humains et son museau très allongé. Dans une lettre de 1606, l’animal est comparé à une girafe, comparaison pertinente. Parmesan est-il, pour autant, un mauvais peintre ? Non, bien sûr que non. Mais c’est vrai qu’il aimait exagérer la longueur des cous. Et maintenant, intéressons-nous à la figure de Saint-Paul couché au pied du cheval.
Sa position est à la fois très élégante et exaltée. C’est typique de Parmesan. Un bras en appuie sur le sol prouvant qu’il est en déséquilibre, tandis que l’autre, à la main dépliée, se lève comme pour indiquer la surprise. Et sinon, voyez comme la scène est peu réaliste : Saul est présenté tout en finesse. Voyez comme sa main est fine. Imaginez-vous cette main tenir l’épée tout le temps ? Voyez les jambes aussi. Elles aussi sont peintes avec beaucoup de délicatesse : elles sont à la fois musclées et lisses, presque féminines, car sans veines apparentes. Mais le détail qui frappe certainement le plus par sa délicatesse est le vêtement de Paul, absolument pas réaliste. Croyez-vous qu’un militaire en campagne puisse être vêtu d’une étoffe aussi fine ? Certainement pas ! A la place d’une armure, Paul a endossé des voiles superposées et presque transparents qui soulignent son corps. Leur légèreté est accentuée par la multiplicité des plis complexes qui forment de longues lignes parallèles creuses. Nous retrouvons dans ce drapé tout le talent de dessinateur et de graveur de Parmesan. Le seul élément faisant allusion à la fonction militaire de Paul, c’est la belle épée qui gît au sol sous sa jambe allongée. Vous la voyez ?? Elle est le long du bord inférieur droit du tableau. Quant à l’événement mystique, il se lit sur le visage de Paul: tête légèrement renversée, bouche ouverte comme sous l’effet de la surprise, yeux convulsés. Et vers quoi regardent-ils ? Et bien regardez le haut du tableau dans la partie gauche : des rayons de soleil transpercent les nuages et illuminent le ciel. Il s’agit naturellement de l’apparition divine.
Avec ce tableau, Parmesan nous prouve qu’il est un très grand maître de la mise en scène et aussi qu’il sait rendre l’intensité des sentiments humains.


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