La mort de Lucrèce par Véronèse

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

La mort de Lucrèce par Véronèse

Partons maintenant pour Venise et découvrons la peinture de Véronèse et de Titien. Il nous faut revenir dans la salle 3 en chiffre arabe puis dans la 3 en chiffres romains.

Quand vous arrivez dans cette salle 3, prenez ensuite à droite vers la salle 2 en chiffres romains.

Quand vous avez la porte dans le dos tournez-vous vers le mur de gauche, dirigez-vous vers le second tableau, c’est un portrait de femme blonde, la main sur la poitrine. Il s’agit de la Mort de Lucrèce par Véronèse. Avec Paolo Véronèse, nous découvrons Venise à son heure de gloire. Il est, en effet, le troisième plus important peintre de la Lagune avec le Titien et Tintoret. Originaire de Vérone d’où son nom de Véronèse, il s’installe à Venise en 1553 et est aussitôt chargé d’une commande officielle : un plafond du palais des Doges. Par la suite, les grands projets pour des églises ou des palais ne cessèrent de se succéder. Il reste sans égal pour le rendu parfait du moiré des étoffes de brocard, pour les coiffures compliquées des nobles vénitiennes et les intérieurs palatiaux. A la suite du Titien, dont nous allons voir une toile dans un instant, il fut un incontestable maître de la couleur. Ses tableaux sont de véritables feux d’artifice. Regardons cette jeune femme vue à mi-corps et à la pose délicate. Elle penche la tête vers la gauche et son corps dessine ainsi une légère courbe. Il s’agit d’une présentation typique du maniérisme qui exagère les positions jusqu’à les rendre peu naturelles. Nous l’avons déjà vu chez Parmesan. Lucrèce semble regarder vers le bas tout en détournant la tête. De quoi ? et bien d’un geste dramatique qui la concerne directement. D’une main pudique, elle tient une somptueuse étoffe de soie dorée afin de cacher sa poitrine au spectateur que nous sommes. Et maintenant, regardez son autre main : elle tient un poignard au manche d’or dont la pointe est plantée sous l’étoffe en direction de sa poitrine. Elle détourne la tête pour ne pas voir son acte. Car elle va se suicider. Mais qui est cette Lucrèce ? En fait, alors que son époux était parti en campagne loin de Rome, cette jeune et belle Romaine fut violée par Tarquilus, le fils de Roi de Rome. La jeune femme ne put supporter l’affront et préféra se suicider, après avoir maudit son violeur. De fait, Tarquilus mourut, puis son père perdit le trône et la République romaine fut alors proclamée. Et depuis, Lucrèce est devenue, dans l’art occidental, un symbole de chasteté et de courage. Ici, Véronèse a transformé Lucrèce en héroïne de théâtre. D’ailleurs, regardez le bord supérieur droit de la composition : vous voyez ce lourd rideau de théâtre ouvert juste au dessus de la scène. La jeune femme semble ainsi sortir du tableau pour rejoindre le spectateur. Ici, Véronèse a peint une riche princesse à la manière d’une noble vénitienne. Regardez cette coiffure : elle est très compliquée, bouclée et surtout, elle est blonde. Car à la renaissance, les riches vénitiens se faisaient souvent teindre les cheveux dans cette tonalité dorée. Regardez aussi le magnifique bijou de tête fait de perles blanches et d’une pierre rouge, sans doute un rubis. Véronèse est entré dans l’histoire de l’art en tant que maître de la lumière, mais pas n’importe quelle lumière. Il s’agit de celle dorée, qui frôle la toile comme un voile. Concentrez de nouveau votre attention sur le buste de la jeune femme. Vous le voyez bien ?? Elle se détache sur un fond uniformément noir qui lui donne du relief. De même, la lourde étoffe vert sombre qui tombe sur toute la partie inférieure gauche dirige notre attention vers Lucrèce. Cette dernier est plongée en pleine lumière et semble comme éclairée par un projecteur. Son visage brille dans une lueur mordorée. L’épaule dénudée et le bras tenant le poignard sont également accentués. Véronèse se présente ici comme un maître de la mise en scène théâtrale et des contrastes de lumière et de couleur.


<< 14 - La Conversion de Pau...         16 - Ecce Homo du Titien... >>

Sommaire complet du dossier :