Le Miracle de Saint François Xavier par Rubens

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

Le Miracle de Saint François Xavier par Rubens

Quittons à présent la paisible campagne anglaise et retournons sur nos pas dans la grande salle contigüe, la salle 15 en chiffre romain

Quand vous avez la porte qui mène à la salle du Gainsborough dans le dos, tournez-vous sur la gauche et dirigez-vous vers la porte située au fond et entrez dans la salle suivante : il s’agit de la salle 14 en chiffres romains.

Une fois cette porte franchie, tournez-vous vers le mur situé sur votre droite et arrêtez-vous devant l’immense tableau qui couvre presque l’intégralité du mur. Il s’agit du Miracle de Saint François Xavier de Rubens.

La collection de Rubens conservée au Kunsthistorisches Museum est gigantesque. Il faudrait des journées pour décrire les œuvres de cet artiste prolixe. Aussi en avons nous choisi 2, représentatives de sa carrière. Quelques mots sur lui : Pierre Paul Rubens a été l’artiste le plus productif du 17e siècle flamand. Il passe 8 années en Italie où il étudie en particulier les peintres vénitiens. A son retour, il est nommé peintre de la cour du gouverneur des pays Bas. Il se fait construire un palais à Anvers et entretient un gigantesque atelier où une armée de collaborateurs l’aident à répondre aux commandes incessantes dont il est l’objet : peintures, projets de tapisseries, décorations intérieures. Parmi ses mécènes, citons la reine de France Marie de Médicis, le roi Charles 1er d’Angleterre et le roi Philippe 4 d’Espagne. Parallèlement à ses obligations artistiques, Rubens accomplira de nombreuses missions diplomatiques pour les Pays-Bas. Aujourd’hui, le catalogue de ses œuvres s’élève à 1400 tableaux. Incroyable, non ? C’est énorme quand on pense que Vermeer en a laissé une 30aine. Essayons à présent de déterminer, à travers le Miracle de Saint François Xavier, les caractéristiques propres à la manière de Rubens. Si vous regardez à gauche de cette grande toile, vous remarquez le petit tableau posé sur un chevalet? Vous êtes vous aperçu qu’il s’agit exactement de la même représentation ? Et nous avons ici la chance extraordinaire de pouvoir comparer l’œuvre finie de grande dimension et son morceau préparatoire appelé « Modello », le modèle donc. Il est en effet très rare de trouver dans un musée les deux étapes de la création. Nous vous avons signalé que la production de Rubens, -près de 1400 peintures-, était bien trop conséquente pour un seul homme. Il disposait donc de nombreux aides dans son atelier et souvent les grands formats étaient exécutés par une armée de peintre. En revanche, le Modello était toujours de la main même du maître. Ce petit format était ensuite présenté au commanditaire qui l’approuvait ou pas et ce travail préparatoire servait de base fidèle à la toile définitive. Il existait néanmoins toujours de petites modifications entre les deux versions, c’est aussi le cas ici et vous pourrez ensuite vous amuser à les repérer. Maintenant regardons cette œuvre monumentale. C’est un véritable bouillonnement de personnages et de couleurs. C’est du baroque et c’est caractéristique de Rubens. Monumentalité et pathétique de la représentation sont les deux composantes qui nous sautent aux yeux. Illustrons la monumentalité tout d’abord. Par quoi s’exprime-t-elle ? Et bien regardez à gauche : voyez les hautes colonnes. C’est un 1er exemple de monumentalité. Et voyez à droite maintenant : dressé sur un socle de pierre, on découvre un personnage de taille imposante vêtu d’une robe noire. Mais au fait, qui est ce personnage ? Sa tonsure nous dit que c’est certainement un ecclésiastique. Mais encore ? Et bien, il s’agit de Saint François Xavier, l’un des fondateurs de l’ordre des jésuites qui vécut de 1506 à 1552. En 1541, il est envoyé par le roi du Portugal Jean 3 en mission aux Indes. Et ici, il est présenté ici en tant que missionnaire des peuples asiatiques. Voyez comme son attitude est noble, ses gestes posés. Sa stature symbolise la droiture et la toute puissance de l’église de Rome. Il lève un doigt vers le ciel. Suivons ce doigt : il nous amène à un essaim d’anges qui tiennent la croix et un calice symbolisant la foi chrétienne. Ce groupe d’anges sur de lourd nuages, éclairé d’une lumière violente et céleste est typique des mises en scènes baroques. Rubens a mêlé dans sa composition plusieurs événements de la vie de Saint François Xavier.
Il était un missionnaire : voyez comme ce rôle est bien mis en évidence par la figure du prêcheur isolé sur un haut socle. Ensuite, on le sait, il doit faire les gens cesser de croire dans leurs idôles : alors regardez à gauche de la toile. Vous voyez des colonnes et, entre elles, l’imposante statue d’un homme barbu, nu et portant un casque doré doté de cornes. C’est une idole païenne contre laquelle le saint s’insurge. Et bien sûr, on voit qu’elle se brise sous les rayons de la lumière de Dieu. Regardez, le bras et le torse sont déjà brisés. Et par ailleurs, où avait lieu sa mission : en Asie et plus précisément en Inde. Et devant l’idole qui bascule, il y a des hommes affolés se penchent à la balustrade pour échapper à l’écrasement. Vous les voyez ?? Et deux d’entre, crane rasé, ont une longue queue de cheval au sommet pour signaliser leur origine asiatique. Alors bien sûr, c’est plutôt chinois mais au 17e et au 18e siècle, les Européens confondaient aisément Chinois et Indiens. Et surtout le style chinois était plus connu que celui des Indiens.
Et enfin, c’est bien de terrasser les idoles mais il faut surtout que les gens les remplacent par le Dieu des chrétiens. Et rien de tel que des miracles pour convaincre les foules. Et là, dans le tableau, Rubens en présente tout une série : Regardons la foule massée au pied du Saint en commençant par le bord droit du tableau. Nous y voyons un asiatique qui marche les bras tendus et les yeux clos. C’est un aveugle auquel le Saint va rendre la vue. 2eme miracle : regardez au premier plan, sur la gauche: un homme dont les hanches sont cachées d’un linge blanc est couché sur de la paille. Il dresse le torse pour pouvoir regarder le saint. Son teint est livide et sa peau est rendue dans des tonalités de gris. Bref, il a la couleur d’un mort. Une femme à l’abondante chevelure blonde tient un drap blanc au dessus de lui. Elle a les yeux rougis par les pleurs mais aussi un air de surprise car cet homme livide vient de ressusciter d’entre les morts. Derrière lui, une femme tient un enfant dans ses bras. La voyez-vous ? Seuls sa tête et l’enfant sortent du cadre. Le petit a la tête renversée et semble cracher de l’eau. C’est un autre miracle –le 3ème donc- car ce nourrisson, est rendu à la vie alors qu’il s’était noyé en tombant dans une fontaine.
Comme si cette accumulation d’exemples ne suffisait pas, Rubens a rajouté la figure d’un autre mort qui revient à la vie : un 4ème miracle donc. Il est couché juste au-dessus de la femme au bébé. Vous le voyez ? Il est rasé avec une mèche au sommet du crâne. Concentrez-vous sur lui. Voyez sa carnation : elle est rendue dans des tonalités gris bleutées qui attestent de la maîtrise parfaite de Rubens dans l’emploi des couleurs. Chaque muscle, chaque veine du dos et des bras sont admirablement dessinés grâce à l’alternance subtile entre parties claires -presque jaunes- et parties grises. L’ensemble de la composition est un feu d’artifice d’harmonies colorées. Le ciel, par exemple, présente son dégradé de bleu, du foncé au sommet du tableau, au très pâle et lumineux derrière le saint. La foule est tantôt éclairée de plein fouet, tantôt dans l’ombre. Remarquez-vous cette délicatesse ? Rubens apparaît comme un génie du pinceau à travers ces magnifiques effets lumineux. Et il apparaît aussi comme un immense metteur en scène qui sait placer une multitude de personnages avec beaucoup de raffinement et d’intelligence.


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