L’autoportrait de Rembrandt

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

L’autoportrait de Rembrandt

Quittons maintenant Rubens pour nous rendre dans la Hollande du siècle d’or avec Rembrandt situé en salle 21. Pour cela, prenons la porte à gauche du retable et entrez dans salle suivante, la N 20 puis prenez la salle 21 juste à gauche.

Quand vous êtes dos à la porte, tournez sur votre gauche et traversez la salle en direction de la porte située en face. Arrêtez-vous devant le second tableau accroché à sa droite. Il s’agit du magnifique Autoportrait de Rembrandt.

Voici donc Rembrandt. 2 mots sur lui tout d’abord. Né en 1606 à La Haye, il entreprend d’abord des études de droit avant de se tourner définitivement vers la peinture. En 1631, il s’installe à Amsterdam où il passera toute sa vie. Portraitiste attitré de la société hollandaise, il connaîtra succès et prospérité. Mais son style passera de mode et dans les années 1640, il est acculé à la faillite. Ces difficultés se sentent dans sa peinture dont la palette s’assombrit alors. Il reste le maître incontesté du clair-obscur. Vous vous souvenez : c’est cette fameuse technique inventée par le Caravage. En gros, pour rappel, c’est un effet qui provient de la dégradation des ombres et des lumières sur un seul ton. C’est pourquoi, sans être monochromes, les œuvres de Rembrandt utilisent très peu de couleurs.
Alors regardons ce portrait ! Rembrandt est de face, peint au 3/4 de son corps, c’est à dire sans les jambes. Son regard nous fixe, tandis que ses mains se tiennent à la ceinture de toile qu’il porte autour des hanches. Au premier abord, Qu’est ce que vous remarquez ?? Regardez l’épaule gauche !! Oui ! le manteau est élimé, voire rapiécé. Le peintre s’est presque représenté comme un indigent. Et ce costume fatigué est une allusion claire à sa déplorable situation financière. On se souviendra que dans la première partie de sa vie, le peintre se portraiturait toujours richement vêtu de velours, coiffé de toque de fourrure ou de chapeau à plume. Sur cette toile, il a 46 ans, et l’argent manque au foyer. Et la mise en scène de l’œuvre : quelle est elle ? Et bien, Rembrandt nous fixe du regard et il s’est représenté seul, devant un fond uni sans détail ni meuble. Cela permet d’augmenter l’intensité dramatique. Le peintre est un maître pour rendre les traits de caractères et les émotions internes de ses sujets. Aussi, il nous épargne les détails inutiles pour nous jeter de manière presque brute voire brutale l’expression mentale de ses figures. Ressentez vous la force de ce phénomène ?
Nous avons mentionné en introduction que Rembrandt était le maître de la technique du clair obscur soit de ce jeu subtil entre l’ombre et la lumière sur la toile. Et bien ici, les petites touches de pinceau de sa période précoce ont fait place à des traits larges et violents qui unissent les formes. L’intensité de ses tons de brun est en fait rendue par la lumière qui glisse sur la composition et accroche plus ou moins certaines parties plus importantes comme le visage. Voyez comme Rembrandt a utilisé ici une touche très épaisse qui semble posée de manière fortuite. Pourtant il sait exactement ce qu’il veut : témoigner de la tonalité générale de son état d’esprit. Voyez la lumière dorée qui démarre en haut à droite: elle passe sur son visage et glisse lentement jusqu’à son épaule gauche. Le reste de la composition est enveloppé d’une lumière unifiée et un peu éteinte qui procure une aura mystérieuse. Seuls les traits du visage, marqué par l’âge et les soucis, et la déchirure du manteau retiennent l’attention du peintre. Tout au long de sa carrière, Rembrandt a exécuté une quarantaine d’autoportraits. Nous pourrions penser qu’il était particulièrement intéressé par sa propre personne. Non, en réalité Rembrandt était fasciné par les morsures du temps sur la peau de son visage.
Nous quittons ce chef d’œuvre en prenant la porte qui est sa gauche.


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