L’atelier de Peinture de Vermeer

Les chefs-d'oeuvre du kunsthistorisches museum de vienne

L’atelier de Peinture de Vermeer

Passons dans la Salle suivante, la salle 22 et arrêterez devant le tableau accroché juste en face de la porte. Il s’agit de la « L’atelier de Peinture » de Vermeer.

Que savons nous de Jan Vermeer de Delft ? Et bien peu de choses à vrai dire. Sinon qu’il est né en 1632 et mort en 1675 à 43 ans, étoile filante dans l’histoire de la peinture. Il n’a laissé qu’un peu plus de 30 œuvres. Avouez que comparez à un Rubens qui laisse plus de 1400 œuvres, ce n’est rien. Vermeer fascine surtout à travers ses scènes d’intérieur à un ou deux personnages dans lesquelles il montre à perfection la vie hollandaise du 17e siècle. L’observateur y découvre les objets du quotidien. Mais surtout, le peintre a presque réalisé des arrêts sur image. La vie s’est arrêtée, les personnages sont figés dans leur mouvement comme des poupées de cire. Nous avons un sentiment de calme et de silence. Contemplons la composition que nous avons devant nous. Elle n’échappe pas à cette règle. Cette œuvre est une scène intimiste, une grande caractéristique de la peinture de Vermeer, un monde pictural introspectif et dominé par la lecture, la peinture, la musique ou de simples événements du quotidien. Nous voyons ici un intérieur bourgeois avec un beau lustre de métal doré, un grand rideau fait d’une riche étoffe qui s’ouvre sur la gauche, un pavement alternant le marbre blanc et noir, une grande carte géographique accrochée au mur du fond. Vous avez ainsi situé le lieu. Nous sommes dans l’atelier de vermeer. Ce dernier est assis sur un tabouret et dos au milieu de la pièce. Devant lui se dresse le chevalet sur lequel il est en train de peindre. Une caractéristique de Vermeer est que le peintre organise toujours sa composition de façon très rigoureuse pour nous mener au cœur du sujet. Ici, l’attention est portée sur la femme debout au fond du tableau. Même les lignes du carrelage-regardez les- conduisent vers elle. Au passage, notre regard s’arrête sur un peintre assis de dos devant son chevalet. Mais même la ligne de ses épaules est légèrement tournée vers son modèle. Bref, la composition nous amène à regarder le modèle puis a suivre le regard de ce modèle qui se pose sur la table. Regardons la jeune femme ! Sur sa chevelure blonde se tient une couronne de laurier. Son buste est enveloppé d’une belle étoffe de soie bleue, d’une main elle tient une trompette et de l’autre un livre. Etranges attributs dans un intérieur hollandais du 17e siècle ne trouvez vous pas ? La jeune femme pose dans le rôle de Clio, muse grecque de l’histoire dont les emblèmes sont la trompette de la renommée, le livre des grands événements et la couronne des héros. Entre la muse et le rideau, Vermeer a placé une table sur laquelle reposent un certain nombre d’éléments en désordre mais un désordre arrangé pour que nous puissions en identifier chaque pièce : cahier d’esquisses, modèle de buste en plâtre, traité de peinture. C’est en direction de cette table et de ce qui la recouvre que regarde la muse, et non en direction du peintre. Cette mise en scène peut être perçue comme une allégorie de la peinture. Clio, muse de l’histoire, inspire le peintre et annonce la gloire de l’art qu’elle va immortaliser dans son livre. Mais est-ce l’art en général ? Non ! il s’agit de l’art hollandais auquel fait d’ailleurs clairement allusion la grande carte au mur qui présente les 17 Provinces des Pays Bas. Bien…Jusqu’à présent, nous avons décrit ce que nous voyons mais pas vraiment ce que nous ressentons. Pourtant, nous avons le sentiment que beaucoup est encore à capter dans ce tableau. Chez beaucoup de peintres, on comprend de plus en plus au fur et à mesure que nous regardons le tableau. Ici, c’est le contraire. La 1ère apparence est claire. C’est parfaitement structuré et lumineux et pourtant, plus on regarde, plus on se rend compte qu’il y a une profondeur …est ce la profondeur des personnages ? C’est vrai que souvent, ils ont un aspect un peu énigmatique..on a parfois l’impression que leur vérité est ailleurs.. Mais il n’y a pas que cela.. Il y a comme l’idée qu’on nous montre un instantané certes, mais un instant unique, qui ne se reproduira plus. En tout cas, Vermeer nous laisse toujours dans l’idée que beaucoup est à découvrir,. IL nous plonge dans des séries de questions, d’interrogations… Voilà le génie de Vermeer, il se concentre sur l’approfondissement psychologique, pour donner du poids au geste le plus anodin, à l'objet le plus banal. C'est pourquoi il est considéré comme l'un des maîtres du 17e siècle.


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