Roger Vann der Wèïden : son œuvre et son histoire

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

Roger Vann der Wèïden : son œuvre et son histoire

Et maintenant, passons la porte qui se trouve à notre gauche. Une fois dans cette salle, nous irons vers le long mur de gauche, au centre duquel se trouve un petit tableau du grand Roger Vann der Wèïden, la « Déposition de croix ». Nous serons alors en plein 15e siècle, puisque Roger Vann der Wèïden est né vers 1400, et mort en 1464. C’est la grande époque de la peinture flamande.

. C’est un petit tableau, certes, mais d’une très grande densité. Le sujet l’est déjà en soit : c’est la pieta, c’est-à-dire la Vierge de pitié, pleurant sur le corps de son fils mort. Roger Vann der Wèïden donne ici une image extrêmement brutale et de la souffrance morale et physique. Regardons la brutalité des couleurs : le corps blanc et sanglant du Christ, les visages blancs, les yeux gonflés et rougis de Marie au centre, et de Marie-Madeleine, à droite. Le cadre est très serré, l’horizon est très haut. Donc : il n’y a pas d’échappée pour le regard, qui –au mieux, s’il voulait fuir buterait sur un morceau de ciel plombé. Bref, cette violence exprimée par le peintre est inévitable pour le spectateur. Le corps du Christ est placé en diagonale, et le corps de la Vierge Marie suit cette même diagonale, soulignant ainsi la passion, la souffrance commune de la mère et de son fils. Voyez en outre la tête du christ et de Marie : elles sont entourées d’un nimbe doré commun, ce qui souligne cette union -cette fusion presque- dans la souffrance.
Maintenant, regardons aussi les mains des personnages, regardons toutes les mains, les unes par rapport aux autres.
Comme vous l’avez vu, elles sont placées dans des angles et des positions très contrastées, donnant beaucoup de dynamique au tableau. En particulier, les mains de la Vierge sur le corps de son fils, et -à droite-, la main de saint Jean sur la tête de la Vierge, ainsi que les bras pendants du Christ mort, forment une dynamique particulièrement accentuée.
Il y a donc ici un grand sens du pathétique, qui correspond d’ailleurs tout à fait à la sensibilité religieuse du temps. Le chrétien de l’époque a besoin d’être ému par la souffrance du Christ ou par celle des saints, afin de renforcer sa dévotion. Roger Vann der Wèïden est un des grands représentants, en Flandre, de ce sens du pathétique.

Mais qui est-il, cet artiste. Son vrai nom, c’est Roger de la Pasture, des prés, en vieux français. Car ce personnage est originaire de Tournai, une ville de la Belgique francophone. Il a « flamandisé » son nom en « Vann der Wèïden », ce qui veut simplement dire « des Prés » en vieux flamand, lorsqu’il est venu à Bruxelles en 1436. Il était alors peintre officiel de la cour de Bourgogne. Car au 15e siècle, toute la Belgique relevait des Ducs de Bourgogne, qui y séjournaient le plus souvent.


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