Les portraits peints par Van der Weyden

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

Les portraits peints par Van der Weyden

Van der Weyden a pas mal travaillé à des portraits de la cour, et a peint aussi le duc Philippe le Bon, et son épouse, isabelle de Portugal. Dans cette même salle, nous pouvons voir un de ses portraits, celui d’Antoine, grand bâtard de Bourgogne, en d’autres termes, un fils naturel du duc Philippe le Bon. Pour le voir, tournons le dos à la Pieta. Face à nous, un long mur est percé, sur la gauche, d’une porte qui donne accès à la salle suivante.

Et bien juste à droite de cette porte se trouve le portrait d’Antoine. Le personnage est représenté en buste. Il porte le collier de l’ordre de la toison d’or, ordre honorifique crée par son père Philippe le Bon. Il tient en main une flèche, ce qui montre peut-être son appartenance à une confrérie d’archers. Mais surtout, le visage est d’une intense expression psychologique. Le fond est noir, le vêtement est noir, les cheveux sont sombres. Dans cet univers obscur, l’artiste fait venir un peu de lumière. De quel côté à votre avis ? Regardez…
Oui, elle vient depuis la gauche ; éclairant de plein fouet le visage du personnage, qui ressort d’autant mieux. Cette lumière est plutôt rasante. Elle effleure les surfaces en douceur, faisant ainsi bien ressortir les volumes et les irrégularités, même infimes. Le peintre joue sur les petites imperfections de la peau, l’ombre dans la commissure des lèvres, l’irrégularité des traits. Les deux yeux, par exemple, ne sont pas identiques. Regardez l’œil de droite : on y voit un petit point de lumière blanche à proximité des pupilles, qui donne aussi beaucoup de vie au regard.

Tout cela relève d’une observation très pointue du modèle. Roger vann der Wèïden ne veut pas montrer simplement les traits du personnage, mais aussi son caractère. N’entendons pas par « caractère » sa manière d’être à proprement parler, c’est-à-dire enjoué ou colérique, mais plutôt tout ce qui rend le visage intensément vivant. On sent que derrière ce masque, il y a une âme.

C’est là un art qui n’est plus vraiment du Moyen Age, mais qui est déjà un art Renaissance, par l’intérêt porté au sujet humain en tant que tel. N’oublions pas que le portrait fidèle est une invention de la Renaissance. Au Moyen Age, ce qui comptait, c’était de montrer la grandeur ou le rang d’un personnage, pas ses traits. Un artiste médiéval présentait donc un roi, par exemple, en accentuant son sceptre, sa couronne et son épée. Ce qui comptait, c’était de montrer sa puissance, et on se souciait peu de ses traits réels. On était plutôt dans une vision symbolique du personnage. Mais ici, C’est tout différent. Il y a un intérêt pour l’individu en tant que tel, et cette approche rappelons le encore est très Renaissance. Et à cette époque, le portrait réaliste se développe assez fort, parce que les commandes de nobles et de riches bourgeois sont assez nombreuses. Pour cela, les artistes flamands, qu’on appelle les primitifs, sont parmi les plus importants. Mais nous allons y revenir dans quelques instants.


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