L’art des primitifs flamands

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

L’art des primitifs flamands

Ce tableau est un véritable manifeste de l’art des Primitifs flamands. Nous en avons perçu les caractères essentiels, que nous allons maintenant reprendre l’un après l’autre.
Et nous, parlons de l’art de ces primitifs flamands.

La première caractéristique est, chez eux, cette passion pour l’observation réaliste des choses, dans leur forme, mais aussi dans leur matière. Et cela va jusqu’à une passion pour la restitution du sentiment humain et de l’atmosphère des lieux. Cette observation quasi scientifique du monde réel est très nouvelle à l’époque. Elle est un signe de l’ouverture de l’esprit humain à de nouvelles dimensions. L’art du Moyen Age fonctionnait essentiellement sur le symbolisme. L’art des primitifs fonctionne sur la passion de la réalité concrète. L’esprit se libère peu à peu du symbole pour s’attacher à l’humain et à son environnement quotidien. C’est bien l’esprit de la renaissance qui se manifeste ici.
A la même époque, en Italie, se déroule une autre Renaissance : on s’y passionne plutôt pour les proportions mathématiques, pour les lois de la perspective, et on s’inspire des règles antiques.
L’Italie et les Flandres, voilà les deux foyers de la Renaissance, chacun à sa manière, l’un dans la philosophie et les proportions -l’Italie-, l’autre dans le concret et le sentimental –les Flandres-. Et cela, grâce aux primitifs Flamands.

Tiens !!! au fait !!!, d’où vient l’expression « primitifs flamands » ? Signalons d’abord que cette expression est une invention de l’époque romantique, du 19e siècle. Eux-mêmes n’avaient pas l’intention d’être des primitifs. « Primitif » signifie simplement « premier », premiers à se passionner pour la vision de la réalité. Ils sont en ce sens parmi les initiateurs de la peinture moderne. Maintenant »flamand » n’est pas limité au sens restreint de la Flandre actuelle. Au Moyen Age, est « flamand » tout ce qui vient du nord. Nous avons vu que Roger de la Pasture, tournaisien, en fait lui aussi partie.

Donc, nous l’avons vu : une première caractéristique des primitifs flamands est une représentation réaliste des choses et des hommes. Parlons maintenant d’une deuxième caractéristique. C’est une chose qui fascinera l’Europe entière à l’époque, l’Italie en particulier. C’est la technique de peinture. Tous les tableaux que nous avons vus ici sont peints sur bois, ce qui est assez normal à l’époque. Mais le liant de cette peinture est l’huile, et ça c’est nouveau. Les primitifs flamands n’ont pas inventé la peinture à l’huile bien sûr. Non, elle existait avant eux. Mais avant eux, elle ne servait qu’à peindre des boucliers, des étendards, des selles de cheval… et jamais des tableaux. Eux, ils l’utilisent dans leurs tableaux. Avec une méthode qui leur est propre : la méthode dite du glacis. Cela veut dire qu’ils peignent en fines couches de couleurs superposées, jusqu’à obtention du ton voulu. Un exemple. Regardons le manteau rose de la Vierge. Selon l’ombre et la lumière, le rose prend des teintes différentes, plus ou moins foncées ? Et bien, regardez là où il est le plus foncé, par exemple dans le creux entre les genoux… vous voyez ??? …et bien il y a plus de couches de rose que sur le genou lui-même, où l’enduit préparatoire de couleur blanche est presque visible, tant la couche est fine. Comme en séchant, la peinture à l’huile tend à devenir un peu transparente, toutes les couches successives se voient à travers les autres. Cela donne une luminosité éclatante aux tableaux. A l’époque, personne n’avait jamais vu ça, et on s’arrache les œuvres des maîtres flamands jusqu’à la cour de Naples !


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