La « Justice d’Othon » par Dirk Bowts

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

La « Justice d’Othon » par Dirk Bowts

Prenons la porte qui se trouve tout à fait à gauche du mur pour aller dans la salle suivante.
Dans cette salle, dans le mur de droite, un passage donne sur une petite salle où est conservé, isolé, un grand double tableau : c’est « La justice d’Othon», par Dirk Bowts.

Ce curieux grand tableau est formé de deux parties et l’histoire se lit en partant du haut à gauche. C’est une histoire terrible que nous allons d’abord vous raconter. L’empereur d’Allemagne, Othon, était connu pour sa grande Justice. Mais son épouse était plutôt volage. Elle s’était éprise d’un courtisan et le poursuivait de ses assiduités. Celui-ci, agacé et fidèle à son épouse, l’avait repoussée. La bouillonnante impératrice en prit ombrage et décida de punir cet amant qu’elle n’aurait jamais. Elle alla trouver l’empereur, et accusa le courtisan d’avoir eu envers elle des intentions malhonnêtes. C’est la scène que l’on voit en haut. L’impératrice glisse un mot à l’oreille de l’empereur couronné.

L’empereur, estimant que des cornes gêneraient le port de sa couronne, décide de condamner à mort l’audacieux rival. En haut à gauche, en chemise blanche, accompagnée du bourreau, de juges, et de son épouse, le condamné arrive au supplice. En bas,nous voyons qu’il a déjà été décapité. Encore une fois, le sens du détail de ces primitifs flamands nous étonnera toujours.
Passons au tableau de droite. L’épouse du supplicié sait qu’il a été injustement condamné. Aussi, elle accepte de se soumettre au Jugement de Dieu, une épreuve physiquement très dure : il s’agit de tenir en main une barre de métal rougi au feu. Si elle ne ressent aucune douleur, c’est que Dieu est de son côté, et donc qu’elle est dans son droit. C’est bien ce qui arrive ici, comme nous le voyons. L’empereur assis sur son trône, et les courtisans qui l’entourent esquissent un geste de surprise en découvrant leur erreur. Ici aussi, observons l’incroyable rendu des matières, les braises dans le fourneau, les fourrures, les velours –et notamment le velours de la jaquette verte du personnage à l’extrême droite.
Et qu’arrive-t-il ensuite ? Et bien c’est en haut que cela se passe. L’empereur a compris son erreur. La vraie, coupable doit être punie : L’impératrice est brûlée vive.

Terrible non ? Dirk Bowts, ou Thierry Bowts pour parler français, est un des grands peintres de Louvain, petite ville du Brabant, à une trentaine de kilomètres de Bruxelles. Ce double tableau a été peint pour la salle de justice de l’Hôtel de Ville de Louvain, où se trouve aujourd’hui une copie. Quel but à cette œuvre ? Eh bien, les juges l’ont face à eux quand ils rendent la justice. Cette histoire leur rappelle que seule compte la loi, et non les affinités que l’on peut avoir avec les accusés. Même lorsqu’il s’agit de sa propre épouse !


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