Le grand retable de la Tentation de saint Antoine de Jérome Bosch

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

Le grand retable de la Tentation de saint Antoine de Jérome Bosch

Voilà, avec ce tableau de Memling, le dernier commentaire que nous souhaitions faire sur les primitifs. Nous allons aller voir maintenant quelque chose d’assez unique, un artiste dont l’étrangeté n’a d’égal que la créativité. Nous allons parler de Jérôme Bosch. Alors, passons dans la salle suivante, que nous traverserons entièrement, puis encore dans la suivante. Là, sur le mur de gauche, se trouve le grand retable de la Tentation de saint Antoine.

Vous y êtes ? Nous voilà face à un bien curieux tableau en trois parties, un tryptique donc, peuplé de monstres issus d’un imaginaire délirant. Il est attribué à Jérôme Bosch lui-même ou à son école et est la copie d’un autre, qui se trouve aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Lisbonne. A l’époque en effet, il arrivait qu’un artiste puisse reproduire plusieurs fois un même tableau, surtout lorsqu’il s’agissait d’un tableau religieux.

Il s’agit ici de l’histoire de saint Antoine, l’ermite dans le désert qui a vécu au 3e siècle. Pendant les 15 premières années de sa vie solitaire, il a dû lutter contre des visions tentatrices et effrayantes aujourd’hui légendaires. C’est ce qu’on voit ici. Regardons le volet de droite où commence l’histoire. Saint Antoine est assis au centre, en train de lire. Et nous voyons que les démons commencent à apparaître : regardez à sa gauche : on voit une femme dans un tronc d’arbre, ou encore dans le ciel, un couple volant sur un poisson géant. Et il faut savoir que ces deux exemples, dans le vocabulaire symbolique de la Renaissance, évoquent l’acte sexuel. Évidemment, cela ne se devine pas comme cela. En bref , Saint Antoine –dans ce volet- a des pensées « impures », dirions-nous.

Dans le panneau du milieu, c’est le sommet des diableries. Sur fond d’un univers de feu et de destruction, saint Antoine, au centre, tente de prier, harcelé par les démons. À côté de lui notamment, une femme s’est agenouillée. Mais sa traîne a la forme d’une queue de serpent. Cette femme est là pour le tenter. Ici, les monstres sont d’une originalité débordante. Tout sert de base à la création : pots de terre, morceaux d’armures, parties de corps d’hommes et d’animaux, fruits, bourgeons… Avouons que c’est très fort . Car, Bosch suggère ainsi très bien que, quelque soit l’objet que le saint regarde, celui-ci devient un monstre, une vision corruptrice… et on imagine bien l’effarement du saint, qui ne peut fuir ses visions démoniaques. Ces démons sont un incroyable puzzle d’éléments réels variés. Par exemple, un tronc d’arbre avec une tête de femme forme un individu, monté sur un pot de terre avec une tête de rat. Chaque partie est réaliste dans ces personnages, mais l’assemblage des différentes parties crée des êtres cauchemardesques.

Sur le panneau de gauche, les choses ont l’air de se calmer. Sur le pont, saint Antoine s’est évanoui, et des compagnons le ramènent jusqu’à sa grotte. En haut, dans le ciel, on voit le saint emporté dans les airs par des démons.

Tout ceci est caractéristique de Bosch, qui s’était fait une spécialité de la représentation de l’étrange. Il faut dire qu’en cette extrême fin de 15e siècle, tout cela est dans l’air du temps, et les gens ont une grande peur des démons. C’est une première grande époque de chasse aux sorcières. Les tableaux de Bosch ne présentent pas un univers très différent de celui des prédications de nombreux prêtres de l’époque. Par contre, ce qui est extraordinaire, c’est son imagination créative. Où et comment allait-il chercher tout ça ?.

2 mots sur Jérôme Bosch, de son vrai nom Jérôme van Aaken, d’Aix-la-Chapelle. Mais il était venu s’installer à Sèrtoogenbosch, ville actuellement aux Pays bas. Mais à son époque Pays-Bas et Belgique n’étaient pas encore séparés. On dit de lui qu’il est le dernier des primitifs flamands. Primitif original certes, mais qui partage avec les autres cette même passion de la réalité. Car cette œuvre est réaliste, même dans les monstres. Observez bien. Tout est composé à partir d’éléments réels, fort bien représentés. C’est la combinaison de ces éléments qui est fantastique, voire surréaliste. En fait Bosch fait du détournement d’objets, comme le feront d’autres artistes au 20e siècle. C’est d’ailleurs ce caractère très moderne qui explique en partie son succès aujourd’hui. Toujours est-il qu’avec son style si particulier, il aura de nombreux émules pendant les deux siècles qui suivront, en Flandre et ailleurs.


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