Le « Vénus » de Lucas Cranach l’Ancien

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

Le « Vénus » de Lucas Cranach l’Ancien

Avec Jérôme Bosch, nous quittons le 15e siècle. Nous allons maintenant passer au 16e siècle. Et pour commencer, nous allons momentanément quitter la Flandre pour l’Allemagne, car le musée possède de beaux tableaux de Lucas Cranach l’Ancien. Lorsque nous regardons la crucifixion de Jérôme Bosch, une porte s’ouvre sur la gauche de ce même mur. En la passant, nous nous retrouverons face à face avec un grand tableau en forme de rectangle vertical, représentant une belle femme nue. C’est une « Vénus » de Lucas Cranach.

Vous avez trouvé ? Que voilà une bien jolie femme, et pour cause, puisqu’il s’agit de Vénus en personne, déesse de la beauté. Elle est accompagnée, à gauche, d’un petit garnement ailé. C’est son fils, l’amour. Sur un fond noir, la belle et longue forme de cette jeune femme se détache, dans toute sa sensualité et sa douceur. Sa tête penchée, le geste gracieux des bras, des mains et des doigts ; l’accent mis sur l’élongation du corps et les petits seins ronds, tout cela produit un effet un peu exagéré, bien que discrètement. Cette exagération des formes est caractéristique du « maniérisme », style qui règne en maître en ce 16e siècle. Le « maniérisme » vient de l’expression « maniéré ». Le maniérisme joue sur les effets, accentuant parfois le côté théâtral des choses, pour renforcer l’expression du sentiment. Ici, c’est la beauté qui prime. L’artiste n’hésite alors pas à mettre ce corps en valeur par de douces torsions et de discrètes élongations.

Cette Vénus est très sensuelle. Comment est ce que l’artiste s’y est pris ? Vénus est nue. Mais l’artiste a désérotisé Vénus en allongeant le corps, en lui faisant ces petits seins. Il ne reste plus que la sensualité. Et cette nudité sera soulignée, plutôt que protégée, par le léger voile transparent qui entoure ses cuisses et ses bras, et surtout par son collier, sa coiffure soignée et son chapeau. Mais attention. Cranach, vit à Wittemberg, en Saxe. Et Wittemberg, à cette époque, c’est la ville de Luther, le premier grand réformateur protestant. Un bastion du protestantisme donc. Et Cranach est un protestant convaincu, et un ami de Luther. Aussi, dans ses peintures, il y a un côté d’enseignement, et de réflexion sur la vie.

Regardons au dessus de la tête de Vénus, à droite : on y voit un texte. C’est une petite histoire du poète grec Théocrite. Elle dit qu’en dérobant du miel, Cupidon, l’amour, s’était fait piquer. Il vient s’en plaindre à sa mère, qui lui répond que les blessures dues aux flèches de l’amour, donc à lui, sont bien plus cuisantes. Ce tableau est une réflexion sur l’amour humain. Il est doux comme le miel, mais peut aussi faire souffrir comme les abeilles. Ce genre d’allégorie est bien dans l’esprit de la bonne société de la Renaissance.

Un mot tout de même sur Lucas Cranach. Il avait été appelé à Wittemberg en 1504, par le Prince Electeur de Saxe, Frédéric le Sage. Il y restera près de 50 ans et en sera même le bourgmestre. Mais surtout, il fut l’ami de Luther en pleine naissance du mouvement de réformateur protestant. La ville est tout aux idées et quand on voit un tableau de Cranach, sachons qu’il y a de grandes chances pour qu’il y ait un message dedans.


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