La chute des anges rebelles

Les chefs-d'oeuvre du musée d'art ancien de bruxelles

La chute des anges rebelles

Tournons-nous maintenant vers la gauche. Nous voyons un tableau un peu plus petit, représentant « le paysage avec la chute d’Icare ». Puis, sur la gauche encore, un grand tableau, c’est la chute des anges rebelles.

Dans la partie haute, sur fond d’un soleil bien centré, une armée d’ange sonne des trompes et frappe de leurs épées des démons difformes. Au centre, l’archange Michel, en armure dorée, semble guider l’action des autres anges. C’est ici une représentation de ce vieux thème judéo chrétien de la chute de certains des anges qui s’étaient révoltés contre Dieu, le grand archange Lucifer en tête. Pour punition, ils furent tous projetés aux fins fonds de la création, hideusement transformés par leur faute.

Quand nous regardons les démons, on prend conscience ici de ce que quelqu’un comme Breugel doit à la créativité de Jérôme Bosch. Rappelons-nous que Breugel travailla notamment à recopier des œuvres de Bosch pour l’imprimerie de Jérôme Cock. Il a retenu la leçon, d’autant plus qu’à son époque, les tableaux posthumes de Bosch connaissent un grand succès.

Si le thème de la chute et des démons est très médiéval, la composition reflète bien l’esprit de la Renaissance.
Déjà, remarquons que le soleil est au centre de tout, exactement comme les théories du savant polonais Copernic l’avaient montré une vingtaine d’années avant la réalisation de ce tableau, qui date de 1562. D’ailleurs, la composition est plus structurée qu’il ne parait. L’amas anarchique des anges déchus a une ligne directrice. Regardez bien : ces monstres semblent aspirés vers la droite, vers ce gouffre à la lumière sinistre qui ouvre le tableau en bas à droite. Venus du centre, du soleil, dont ils ont été rejetés, les démons sont rejetés dans les soubassements du monde.

Dans tout ce que nous avons vu ici, on se rend compte que Breugel n’est pas l’artiste des portraits et du réalisme des corps. Breugel aime les scènes d’ensemble où les personnages, ou bien les monstres comme ici, sont perdus dans une immensité. Immensité d’un paysage ou immensité d’une foule en perdition. Breugel n’est pas l’artiste des individus. D’ailleurs, quand on regarde bien, ses personnages sont peu réalistes, petits trapus, un peu « gonflés ». Ce n’est pas le corps qui l’intéresse. Breugel est l’artiste des sentiments de masse, des vues d’ensemble, d’où émerge un message plus global, concernant tout un peuple, ou même toute l’humanité.


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