L’histoire et la description de l’hôtel

Les chefs-d'oeuvre du musee rodin

L’histoire et la description de l’hôtel

Commençons tout d’abord par l’histoire et par la description du style de cet hôtel particulier. Elle commence en 1728, sous la régence, au début du règne du roi Louis 15, alors encore enfant.

L’hôtel fut édifié pour un certain Abraham Peyrenc de Moras, ancien perruquier enrichi dans la spéculation sur le papier-monnaie, devenu financier, et qui rêvait d’avoir « la plus superbe maison de Paris ». En 4 ans, la construction était achevée.
Les mœurs rigides de la fin du règne de Louis 14, dominé par l’austère Mme de Maintenon, avaient fait place à des mœurs plus légères. C’était l’époque de la douceur de vivre. Le régent, Philippe d’Orléans, avait ramené la cour à Paris. L’initiative de la construction, jusqu’alors réservée au roi, revint aux particuliers qui construisirent alors des lotissements de luxe faubourg St-Germain et St-Honoré. L’architecte choisi par Peyrenc de Moras était Jean Aubert, l’architecte des princes, qui s’était déjà distingué par la construction des écuries du château de Chantilly pour le prince de Bourbon Condé. Bien que Peyrenc de Moras fût un véritable « nouveau riche", il fit preuve, comme nous le constaterons, d'une grande sûreté de goût.

Déjà, et c’était une grande première, l’hôtel était isolé tel un véritable château, au milieu d'un parc de 3 hectares, alors que la tradition était de construire des hôtels entre cour et jardin comme, par exemple, pour tous les hôtels du faubourg Saint-Germain. Alors au fait, c’est quoi, un hôtel entre cour et jardin ? Et bien tout simplement, il comprend un logis en fond de cour, éloigné de la rue, des ailes latérales destinées aux communs, écuries et cuisines, et enfin un bâtiment-porche, sur la rue, plus est bas que les ailes. Et de l’autre côté, il y a le jardin. Ce plan apparaît à l’hôtel Carnavalet vers 1550 et sera utilisé jusqu’au 18e siècle pour les nombreux hôtels des faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré.

Mais revenons à cet hôtel : son architecture est représentative du style «rocaille». Ce style était à la mode sous la régence et le demeurera sous une partie du règne de Louis 15. Un style qui s’exportera à l’étranger sous une forme plus exubérante baptisée « rococo ». Et c’était un style qui rompait par rapport aux précédents. Louis 14 était fervent d’une architecture bien plus rigide, comme l’illustre le château de Versailles avec ses façades plates, ses lignes droites, ses colonnes à l’antique. Ici, ce n’est pas le cas.
Regardons la façade attentivement.
Et, dans un 1er temps, voyons les lignes d’ensemble de la façade. Elle n’est pas plate, mais comprend de nombreuses saillies, les parties qui sont plus avancées que la façade, les 2 pavillons latéraux et l’avant-corps central.
Regardons ensuite les parties supérieures des fenêtres. Elles ne sont pas droites, mais courbes.
Et tout cela, cette souplesse et ces saillies, c’était nouveau.
Approchons-nous maintenant de façon à bien distinguer le décor sculpté de la façade : voyez-vous à quel point il est abondant ? Dans le style rocaille, le décor envahit les murs. C’est un style décoratif.
Détaillons les motifs : regardons la partie centrale de la façade et regardons au dessus des 3 portes: vous voyez ? Ce sont des visages de femme ?
Et maintenant, regardons sur les côtés de la façade et regardons encore au dessus des portes: et bien, ce sont des motifs de coquilles. Femmes, coquillages et rochers d’où le nom de rocaille, sont en fait des motifs fréquemment utilisés par ce style très décoratif nouveau.

Et maintenant, quelle fut l’histoire de l’hôtel depuis sa construction et comment est-il devenu ensuite le musée Rodin ?
Au milieu du 18e siècle, la demeure est rachetée par Biron, maréchal et pair de France, qui y mène grand train. L’hôtel devient un lieu d’élégance où les fêtes prodigieuses se succèdent. Sous le directoire, le Consulat puis l’Empire, il est loué à différents occupants.
Au 19e siècle, il devient couvent de la compagnie des dames du Sacré Cœur de Jésus. Les boiseries sont enlevées et une chapelle est construite, celle par laquelle vous êtes entrés dans le musée et qui vient juste d’être restaurée.
En 1904, suite à la dissolution des congrégations, l’Etat rachète l’hôtel et y loge de nombreux artistes tels que Isadora Duncan, Cocteau ou encore Matisse. En 1908, Rodin s’y installe. Il n’y occupait guère qu’une ou 2 pièces et vivait la majeure partie du temps à Meudon. À partir de 1912, il en est le seul habitant. Sa notoriété sauva l’hôtel de la démolition… Et vous savez la suite.


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