La statue dénommée « l’Age d’airain »

Les chefs-d'oeuvre du musee rodin

La statue dénommée « l’Age d’airain »

Passons maintenant dans la salle suivante. Au fond de la salle, devant la fenêtre de gauche, se trouve une statue d’homme nu debout avec les bras pliés autour de la tête. Rodin a gagné en maturité. Nous sommes désormais en 1877 et cette statue s’appelle « l’Age d’airain ».
Elle a été une rupture dans la carrière de Rodin et c’est par elle qu’il acquerra renommée et succès. Regardons-la et tâchons de comprendre pourquoi.

Déjà, quel en est le sujet ? À vrai dire, c’est difficile de le déterminer. S’il tenait une lyre, ce serait Apollon, un arc, ce serait un guerrier. Mais il n’a aucun attribut. Et rien que cela est déjà une rupture avec les habitudes de l’époque. Il s’agirait en fait de la représentation d’un vaincu. Après la guerre de 1870, Rodin avait pour projet de réaliser une statue qui symboliserait la défaite, mais également la renaissance. Cette statue fut ensuite baptisée l’âge d’airain, airain comme le métal célèbre pour sa résistance.

Rodin proposa cette œuvre au salon de Bruxelles de 1877 où elle fut acceptée, très remarquée et si critiquée qu’un scandale s’ensuivit.
Et là, on voit ressurgir ces caractéristiques qui seront si propres à Rodin.
Alors, regardons l’œuvre pour mieux les saisir.
Ayons en tête que les sculptures de cette époque portaient le plus souvent des accessoires qui, à la fois, leur donnaient une certaine contenance et aussi permettaient d’identifier le thème de la statue. Ici, regardez !! rien de tel. L’homme est seul, bizarrement contorsionné et on ne sait rien du sujet ni de l’homme. Cette ambiguïté fut déjà une première source de scandale.
Et puis Rodin va plus loin encore. Non seulement il n’y a pas d’accessoires, mais en plus le corps n’est même pas idéalisé. Regardez bien le corps : vous voyez, il est reproduit avec une telle vérité anatomique qu’on l’accusa de l’avoir moulé sur un modèle vivant. Et qui plus est, sur un modèle aux proportions non idéales. Regardez les jambes : elles sont un peu courtes. Et en plus, elles sont grêles. Regardez les bras maintenant : ils sont au contraire un peu long et surtout, choquant du choquant, les muscles sont saillants. Ce qui semble très grossier pour les critiques de l’époque.

Mais pourtant, tout Rodin est déjà là. Avec lui, on va à l’essentiel. Alors pas de chichis, pas d’accessoires inutiles. Comme on le voit, il mutile pour garder l’essentiel. Il enlève pour exprimer davantage.
Rodin transpose la réalité en fonction de ses visées expressives, sans que les formes perdent de leur vraisemblance. Ainsi les bras plus grands mettent en valeur la pose alanguie.
Un autre caractère apparaît déjà, qui reviendra ensuite souvent dans les œuvres de Rodin.
Eloignez vous un peu pour voir la pose. Comment la trouvez-vous ? Elle est contorsionnée et bizarre,non ? Ce qui introduit ainsi de puissantes lignes de force.
Ces caractères, illusions de naturalisme, déformations anatomiques et poses contorsionnées seront les caractères constants des sculptures de Rodin.
Et on peut dire que cette sculpture fut comme son grand manifeste. Cela dit, pendant 2 -3 ans, il sera un peu mis à l’écart et il écrira à Rose : "Je suis bien ennuyé, vois-tu, près de toucher le but ! Ma figure trouvée belle par tout le monde et qu'on s'obstine à dire moulée! (...) Je suis à bout, je suis fatigué, l'argent me manque, je dois chercher un atelier...". Mais bon, rassurez-vous, vous connaissez la suite : il s’en sortira et il sera le plus grand sculpteur de son époque.

Puisque nous sommes là, regardez juste à côté de l’ »âge d’airain », à sa droite, une autre sculpture : c’est «Le Torse de l’âge d’airain drapé». Rodin a réutilisé la figure de l’âge d'airain, mais cette fois-ci sans les bras et enveloppée d’un drap trempé dans du plâtre. On le voit, comme nous l’avons déjà mentionné, la réutilisation de motifs est fréquente chez Rodin. Et c’est une habitude qu’il a apprise dans l’atelier Carrier Belleuse.


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