Le « baiser » de Rodin

Les chefs-d'oeuvre du musee rodin

Le « baiser » de Rodin

Passons maintenant dans la salle suivante.

À droite en entrant, vous voyez une sculpture de marbre de grande taille représentant un homme et une femme assise en train de s’embrasser.

Cette œuvre date des années 1880. Rodin est alors célèbre, il a la quarantaine. Le Tout-Paris lui passe des commandes et l’Etat lui commande la «porte des enfers» et les « bourgeois de Calais ». Rodin possède alors son propre atelier et ses élèves. Il rencontre Camille Claudel vers 1885, sœur de Paul Claudel, et ne résiste pas longtemps à son charme. Elle devient sa maîtresse, leur liaison durera 10 ans. C’est la période pendant laquelle Rodin magnifie le plus le couple amoureux.
Le thème de la sculpture est issu de Paolo et Francesca ; les amants de la divine comédie dont nous avons déjà parlé au sujet de la porte de l’enfer.
Regardez bien attentivement ces deux corps entrelacés et tendus l’un vers l’autre : la main de l’homme posé sur la hanche de la femme, le bras de la femme qui tire à lui le buste de l’homme, le buste de l’homme tendu vers le buste de la femme et le buste de la femme qui s’étire pour atteindre celui de l’homme, les 2 visages qui s’unissent en un baiser, les lèvres qui se réunissent, les têtes qui basculent dans le plaisir ! Quelle fougue, quelle sensualité ! ici tout aime, os, muscles, nerfs, chairs tout est désir charnel. Et la sculpture entière est expression plastique du désir physique. Le marbre semble animé d’une vie sensuelle et frémissante.
L’œuvre, exposée en 1898, reçut un accueil enthousiaste même si une partie du public fut choqué par la nudité et surtout par la sensualité des personnages.
Cette œuvre établit la réputation de Rodin comme sculpteur de l’érotisme.
Le baiser, s’il est l’œuvre la plus célèbre de Rodin, est aussi un chef-d'œuvre universel: l’expression du désir est si bien rendue que chacun, d’où qu’il vienne, au-delà des cultures et du contexte historique ressent ce que le sculpteur a voulu exprimer et en est bouleversé.
C’est le chef-d'œuvre de Rodin, mais aussi –paradoxalement- l’œuvre la moins représentative de son art. Souvenons-nous des caractères du travail de Rodin que nous avons défini pour l’homme d’airain?
Or voyez-vous ici du naturalisme ? Des rides ? Des défauts ? Non, ici les corps sont idéalisés.
Voyez-vous des déformations anatomiques ? non, les proportions idéales des corps sont bien respectées.
Voyez-vous des poses contorsionnées ? non la pose est détendue, toute inquiétude due à la conscience de la faute disparaît au profit de la sensualité et de l’abandon au plaisir.
Un autre caractère, pourtant constant, des œuvres de Rodin n’apparaît pas non plus ici : il s’agit de l’inachèvement. Approchez-vous de l’œuvre pour voir de près la surface du marbre : observons les 2 corps et faites abstraction du socle : Comme vous le voyez, l’ensemble est bien fini, tous les détails sont achevés minutieusement.
Cela dit, quelle que soit la méthode, une fois encore le résultat est là. L’expression est claire et on rentre de pleins pieds dans l’univers que Rodin nous décrit.
Et comme il le dit lui-même : « Il n’y a pas de recette pour embellir la nature. Il ne s’agit que de voir ». Et quand un admirateur s’émerveillait de sa capacité à rendre les éléments physiques (os, nerfs et muscles), il lui répondit : « Quand un bon sculpteur modèle des corps humains, il ne représente pas seulement la musculature, mais aussi la vie qui les réchauffe. »


Et maintenant, faites demi-tour pour faire face aux 2 fenêtres. Entre celles-ci, une œuvre : La « main de Dieu ». Elle est en train de créer Adam et Eve. C’est une reprise de la main d’un des bourgeois de Calais.
Observons les détails de l’œuvre et la surface de la pierre : est-ce aussi bien fini que dans la sculpture du baiser ? Non, en certains endroits, la pierre est brute, en d’autres elle est polie et lisse. Ces oppositions de traitement de surface créent de spectaculaires effets d’ombre et de lumière. Ils sont une grande caractéristique des œuvres de Rodin.


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