Le monument à Balzac

Les chefs-d'oeuvre du musee rodin

Le monument à Balzac

Nous vous proposons maintenant de retourner dans les jardins. Arrivées devant la façade, dirigez ensuite du côté opposé aux bourgeois de Calais. À droite de l’hôtel, vous trouverez une grande sculpture : il s’agit du monument à Balzac. Tout à côté, vous verrez aussi la reproduction monumentale du penseur.

Voici donc le monument élevé à Balzac, dans son état final. C’est tout Rodin et son style que nous trouvons ici.
Et comme nous le voyons aisément, il présente une rupture évidente avec la conception académique du monument public. Cette manière classique aurait donné une description précise, aurait pour Balzac ajouté une plume ou un bureau ou une feuille de papier. Bref, quelque chose qui permettrait de reconnaître l’écrivain. Au contraire, ici, là encore, comme souvent chez Rodin, aucun attribut, pas de détail dans le vêtement, pas de plume, ni de mobilier.
Mais là, Rodin n’en reste pas là : car il n’y pas d’attribut, c’est une chose. Mais, il n’y a pas non plus ni de bras, ni de jambes… il y a juste une silhouette pyramidale d’où émerge une tête gigantesque, disproportionnée. Et c’est cette disproportion qui justement met en valeur cette tête.
Cela dit, comme vous le devinez, cette statue du grand écrivain déclencha un véritable tollé: « une larve informe », « un fœtus colossal »… pour ne citer que quelques-uns des commentaires des critiques lorsque Rodin l’exposa en 1898.
Mais oublions ces critiques et construisons-nous notre opinion.
On sent que des forces brutes sont en action. La silhouette de Balzac nous fait penser à un menhir et cela exprime cette puissance créatrice et cette capacité de travail de Balzac.
Il n'est plus question de décrire ou de raconter, mais plutôt de faire pénétrer le spectateur au plus profond des personnages concernés. "J'ai compris, disait Rodin, que, autour du personnage représenté, il fallait faire imaginer comme un halo d'idées qui expliquent ce personnage. Et ainsi, l'art se prolonge en mystérieuses ondes". C'est sur la "personne intime" que se penche Rodin, et il cherche à en révéler la richesse plutôt que de rappeler les circonstances extérieures d'une existence.
Alors, souvenons-nous que depuis le début de la visite, on a suivi l’évolution de Rodin dans cette quête de l’artiste vers une plus grande expression de la vérité de l’être représenté: Rodin commence par enlever les attributs, puis il laisse apparent les défauts des gens, voire même les amplifie ; et ensuite, on l’a vu : il se permet de jouer avec les proportions physiques et déforme les corps.
Et on a bien senti en voyant ses essais d’assemblage qu’il était ouvert à tout ce qui lui permettrait de faire des progrès dans sa recherche.
Et, avec ce Balzac, il semble qu’il ait trouvé. Car avec cette simplification que nous avons sous les yeux, on voit que Rodin, désormais, s’oriente vers un art moins figuratif et par conséquent plus abstrait, c’est à dire faisant de moins en moins référence au monde réel.
Au même moment, Monet, à Giverny, s’oriente aussi vers une représentation de plus en plus abstraite de son jardin, avec notamment ses séries de tableaux représentant des nymphéas.
10 ans plus tard, Kandinsky invente l’art abstrait avec des tableaux composés de taches de couleurs qui ne feront plus référence du tout au monde réel.

Ainsi, cette œuvre de Rodin était si révolutionnaire que Brancusi, qui fut son élève, l’a appelé le « point de départ de la sculpture moderne ». Le Balzac est aujourd’hui considéré comme l’une des oeuvres fondamentales qui ouvrent le 20e, au même titre que les nymphéas de Monet en peinture.


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