La statue de David

Les colletions de la villa borghese

La statue de David

Passons maintenant dans la salle suivante, en empruntant la porte à droite derrière la statue de Pauline.

Nous voici dans la salle dite «du soleil». Chaque salle de cette galerie porte un nom, le plus souvent lié à la peinture qui en décore le plafond. Ici, la fresque du 18e siècle représente le mythe de Phaéton, fils du soleil, qui voulut conduire le char de son père. Mais, inexpérimenté, il faillit embraser le monde, et Jupiter, dieu des dieux, dans sa colère, le foudroya. C’est cette scène qui est évoquée dans la composition ovale, au centre du plafond.
Mais l’œuvre maîtresse de la salle se trouve en son milieu. C’est la fameuse statue du David, due au ciseau de celui qui fut, sans doute, le plus grand sculpteur de la Rome du 17ème siècle : et il s’agit bien sûr de Gianlorenzo Bernini, plus connu sous le nom du Bernin. Cette œuvre a été sculptée pour le cardinal Scipion Borghèse. Elle va nous offrir l’occasion précieuse de comparer l’esthétique baroque et l’esthétique classique, que nous venons de décrire avec l’œuvre de Canova. Elles sont en fait l’exacte opposé l’une de l’autre.

Deux mots sur le sujet de l’œuvre tout d’abord : David, petit berger biblique appelé à devenir roi d’Israël, est représenté ici alors qu’il va utiliser sa fronde contre le géant Goliath. La pierre ainsi lancée tuera le colosse. A ses pieds, nous voyons une lyre, attribut habituel de ce roi musicien. La lyre est ornée d’un aigle à deux têtes, qui est l’emblème de la famille Borghèse.
Et maintenant, observons bien la statue. Tout d’abord, rappelons-nous ici du satyre antique dans la première salle, que le Bernin connaissait bien. Il est manifeste qu’il s’en est inspiré, non ?
Et maintenant, regardons son visage : on le voit tendu et serait -dit-on- inspiré par l’expression du Bernin lui-même au moment où il sculptait. Comme on le voit : rien n’a encore eu lieu. Le corps présente un mouvement de torsion, qui indique le recul prit pour mieux lancer le projectile. Le corps du personnage est tendu dans la concentration qui précède l’action.
Notez le moment choisi : ce n’est pas la victoire de David, le moment où toute tension est apaisée, c’est « juste avant».
Tournons autour de cette statue pour en apprécier toute la maîtrise. Contrairement à celle de Pauline Borghèse, vu précédemment, et que l’on pouvait observer frontalement, celle-ci, en mouvement, implique aussi un mouvement de la part du spectateur. Observé de face, le David est à l’arrêt : c’est le moment de stabilité juste avant le violent mouvement qui projettera la pierre vers Goliath. En observant le profil gauche, le côté de la fronde, la position des mains, celle du corps, semble déjà indiquer le mouvement de lancée. Le moment choisi par le Bernin, soit celui juste avant l’action, implique donc que l’imagination du spectateur reconstitue l’enchaînement des événements. Pauline Borghèse était statique, placidement installée sur son sofa, dans une éternelle immobilité. Ici, le mouvement est continu, toujours recrée par le spectateur. Le mouvement !! Voilà l’une des caractéristiques fondamentales du baroque.

Mais qu’est-ce donc que le baroque ? Le terme baroque désigne tout un pan de l’art du 17ème siècle. Il provient d’un terme portugais de bijouterie : « barocco », qui désigne une perle irrégulière, dont les aspérités créent de subtils contrastes de lumière. Ainsi, cette perle « monstre », rare, était aussi très recherchée, et par conséquent très cher. Le baroque, c’est aussi cela : des contrastes. En bref, même en très bref : le baroque, ce sont des contrastes et des mouvements…. Ils peuvent être visibles ou –pour les plus grands artistes- suggérés. Ce qui est le cas ici.

Le Bernin est le principal sculpteur de Rome à promouvoir ce style. Il vécut de 1598 à 1680, mais était en réalité beaucoup plus qu’un sculpteur. Un génie polyvalent ! Il était architecte, urbaniste, sculpteur, peintre, et même, même…auteur de théâtre, bien que ses textes aient disparu aujourd’hui. Sa réputation dépassait de loin Rome et l’Italie. A la fin de sa vie, Louis 14 l’appela à Paris, pour concevoir, entre autres, une nouvelle façade pour l’arrière du palais du Louvre. Une cabale menée contre lui, par des artistes français qui n’aimaient pas beaucoup les italiens, leurs grands rivaux, fit échouer le projet. Et c’est finalement Claude Perrault, frère de l’auteur des fameux comtes, qui fut choisi pour réaliser une façade à colonnade très classique, que l’on voit toujours du côté de Saint-Germain l’Auxerrois.
Mais revenons au Bernin, dont les grands travaux sont surtout attachés au règne du Pape Urbain 8 Barberini. C’est le cas, par exemple, du grand baldaquin en bronze de la basilique Saint-Pierre, au Vatican. Il était aussi très apprécié de Scipion Borghèse, qui lui passa de nombreuses commandes, et c’est ce que nous allons voir dans les salles qui suivent.


<< 9 - La statue de Pauline...         11 - L’œuvre de Bernin : ... >>

Sommaire complet du dossier :