L’œuvre de Bernin : « l’Apollon et Daphné »

Les colletions de la villa borghese

L’œuvre de Bernin : « l’Apollon et Daphné »

Nous allons passer dans la salle suivante, mais surtout, n’y pénétrons pas tout à fait. Nous sommes à l’entrée de la salle.
Restons près de la porte d’où l’on peut voir, au centre de la pièce, une statue qui aujourd’hui nous fait face, mais qui autrefois était positionnée de façon à nous tourner le dos. Nous allons, grâce à elle, comprendre ce qu’est le mouvement baroque imposé au visiteur. Mais écoutons d’abord l’histoire de cette œuvre, « l’Apollon et Daphné », réalisé par le Bernin alors qu’il avait environ 24 ans. D’ici, nous ne voyons que le dos d’Apollon, et nous devinons devant lui, une femme : Daphné. Restons ici pour l’instant.

La mythologie gréco-romaine nous raconte comment Apollon, dieu de la beauté et de la musique, tomba amoureux de la nymphe Daphné, fille du fleuve Pénée. « Daphnis », en grec, signifie le laurier. Apollon, à la différence du laurier, n’était pas de bois et Daphné était fort jolie…mais rétive aux avances du dieu. A l’instant où il allait se saisir de l’objet de son désir, celle-ci supplia son père, le fleuve Pénée, de la transformer en arbre, afin qu’elle n’ait pas à subir les ardeurs d’Apollon. Le fleuve exauça son désir, et Daphné devint laurier. Les anciens racontent qu’en collant son oreille au tronc, Apollon pouvait encore entendre battre le cœur de Daphné sous l’écorce. C’est par amour pour elle qu’Apollon se couvrit par la suite d’une couronne de feuilles de laurier. Belle histoire n’est-ce pas ? Mais comment le Bernin s’y prend-t-il pour lui donner corps ?
Sachez d’abord que la statue, commandée par Scipion Borghèse, s’est toujours trouvée dans cette salle, et, comme nous le soulignions tout à l’heure, elle était autrefois présentée par l’arrière, le visiteur la dépassait alors pour lui faire face progressivement selon une scénographie baroque souhaitée par le Bernin lui même. Avançons lentement en regardant l’œuvre. Plus on progresse, plus on s’aperçoit que le corps de Daphné se jette vers l’avant dans sa fuite, mais qu’il s’élève aussi dans un mouvement tournoyant vers le ciel. Faisons face à la statue.

D’ici, on ne peut être que fasciné par la maîtrise du Bernin dans les détails, l’extrême finesse du travail des feuilles, des mains, des cheveux qui volent. Observez encore que le moment choisi dans l’histoire est typiquement baroque. Un classique aurait plutôt choisi le moment où Daphné est déjà transformée en laurier, présentant ainsi une situation achevée et stable. Ici, la transformation vient à peine de commencer. Apollon et Daphné courent encore, le dieu ne s’est pas encore aperçu de ce qui se passe. Daphné semble essayer de faire le dernier saut pour tenter d’échapper au contact d’Apollon. Par son regard apeuré vers le bas, on la sent regarder son père le fleuve et finir de l’implorer. Et les pieds de la nymphe commencent déjà à s’enraciner dans le sol et l’écorce recouvre le bas de son corps.


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