L’enlèvement de Proserpine

Les colletions de la villa borghese

L’enlèvement de Proserpine

Mais revenons au centre de la salle des empereurs pour observer maintenant une autre œuvre splendide du Bernin : l’enlèvement de Proserpine.

Un homme musculeux et barbu, Pluton, dieu des enfers, emporte la jeune et frêle Proserpine qui eut le malheur de lui plaire. Proserpine est la fille de la déesse Déméter, déesse grecque de la terre et de la fertilité, connue à Rome sous le nom de Cérès. Celle ci, après le rapt de sa fille, intervient auprès de Jupiter, roi des dieux, afin qu’il rende sa liberté à Proserpine. Un compromis sera établi : Proserpine aura le droit de sortir du royaume des enfers 6 mois par an, mais passera les 6 autres mois chez son époux Pluton, sous terre. Pour fêter son retour annuel, la terre se pare alors de ses plus beaux atours : fleurs, feuilles et temps clément. C’est ainsi que les anciens expliquaient l’arrivée du printemps.

Et maintenant, regardons bien l’œuvre. Nous assistons à l’enlèvement et Proserpine ne sait bien sûr pas encore qu’elle pourra remonter sur terre 6 mois par an. Elle est donc terrorisée et les grandes caractéristiques du baroque, le mouvement et le contraste, sont présentes pour illustrer ce drame. Le mouvement est évident puisqu’on assiste à une lutte. Contraste des corps ensuite : le visage et le corps de Proserpine sont raffinés, lisses et très finement dessinés. Ceux de Pluton sont noueux. Les cheveux de Proserpine sont peignés alors que ceux de Pluton sont ébouriffés, ce qui renforce encore son côté « sauvage ». Contraste des attitudes enfin et surtout. A la brutalité de Pluton à l’aspect sauvage, la douce et délicate Proserpine ne peut rien opposer. Regardez, si elle avait cherché à lutter pour fuir, elle ferait face à son adversaire et le frapperait de ses deux mains. Ici, elle n’est déjà même plus dans la fuite. Ses pieds ne touchent plus le sol.
Elle cherche juste, avec sa main gauche, à diminuer ce contact odieux et en tournant la tête, à échapper à cette vue repoussante sur Pluton. Elle est désespérée : on voit les larmes perler sur ses joues. On l’imagine hurler de peur et ce vacarme imaginaire est suggéré encore plus fortement par les aboiements et hurlements de Cerbère, ce chien aux trois têtes qui garde les enfers. Et on sent la puissance physique de Pluton, solidement planté sur ses jambes, et même une certaine puissance érotique avec ses mains qui tiennent fermement les cuisses et le dos de Proserpine. Et sa concupiscence, regardez son début de sourire, semble se nourrir à la fois de la beauté et de la terreur de la jeune femme. Cette lutte, par son inégalité, est insupportable à voir, mais en même temps, par la puissance des sentiments exprimés, la terreur et la concupiscence, elle est aussi captivante. Vraiment, cette œuvre mérite d’être appelée un chef-d'œuvre du Bernin.

Vous pourrez ensuite faire le tour de l’ensemble pour voir comment différents points de vue doivent être combinés pour saisir l’ensemble du mouvement suggéré par le sculpteur. De face d’abord, on observe un Pluton vainqueur, sa force triomphe, qui s’oppose à la légèreté impuissante de la pauvre Proserpine. A gauche, c’est le corps de Proserpine qui domine, sa légèreté semble suggérer l’envol du groupe. Sur le côté droit, nous découvrons l’aspect le plus mouvementé, dramatique et bruyant de la statue : le visage en larmes de Proserpine qui, tourné vers le haut, implore les dieux et les hurlements de Cerbère.


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