La salle des gladiateurs

Les colletions de la villa borghese

La salle des gladiateurs

Passons dans la salle suivante, qui nous fait encore découvrir deux œuvres du Bernin.

La salle où nous nous trouvons porte le nom de « salle des gladiateurs ». En effet, autrefois, s’y trouvait une belle statue antique de gladiateur, vendue au Louvre en 1807. On y voit aujourd’hui deux œuvres du Bernin.

Au centre de la pièce, nous pouvons voir un groupe représentant un jeune homme qui porte un vieillard barbu tenant une petite sculpture. Derrière eux se tient un enfant. Il s’agit du héros troyen Enée fuyant la ville de Troie en flammes. Il porte son vieux père Anchise, et tire derrière lui son fils Ascagne.
Le vieil Anchise emporte avec lui les pénates de la famille, c’est-à-dire les divinités protectrices, et Ascagne, son petit-fils, tient le feu sacré du foyer. Si la réalisation d’un tel groupe demande déjà une grande expérience, cette œuvre est néanmoins considérée comme une œuvre de jeunesse de l’artiste, qui n’avait sans doute pas plus de 21 ans quand il la réalisa. Certains vont même jusqu’à considérer que dans sa plus grande partie elle fut exécutée par le père du Bernin, Pietro Bernini, sculpteur également talentueux mais aujourd’hui totalement éclipsé par le génie de son fils. De fait malgré la qualité du travail, notamment dans la musculature et l’équilibre instable des corps, cette œuvre – à notre avis- n’a pas le souffle et le tournoiement de celles que nous avons observées jusqu’ici.

L’autre œuvre du Bernin se trouve en fond de salle, à notre droite quand nous faisons dos à la porte par laquelle nous sommes entrés. C’est une femme nue aux formes généreuses, assise sur un rocher, entourée de drapés volants et qui tient en main un petit soleil. Elle représente « la Vérité dévoilée par le temps ».
Cette œuvre n’a jamais été achevée, mais elle reste sans doute l’une des plus personnelles du Bernin. A la figure de la Vérité devait être jointe, dans la partie supérieure, une figure du temps tirant le voile. Cette figure n’a jamais été réalisée car le Bernin traversait alors un certain nombre de difficultés. Son succès suscitait les jalousies à Rome, et ses adversaires l’accusaient d’avoir compromis, avec ses travaux, la stabilité de la basilique Saint-Pierre. Calomnie évidente ! ! Mais le Bernin eut tout de même à se battre pour s’en défendre. L’inachèvement de l’œuvre est perceptible aussi dans la petite figure du soleil, lumière éclairant la vérité, dont le marbre porte encore la trace des coups de ciseaux. Entre les rayons, des tenons de marbre sont encore présents. Ce sont des petites « branches » de marbre, qui donnent aux parties les plus faibles une plus grande solidité, en les renforçant. Ils étaient normalement destinés à disparaître. Cet inachèvement donne à l’œuvre une grande personnalité. On y voit des formes très contrastées, ainsi l’opulence et la générosité des chairs évoquent les chefs d’œuvre baroques de Rubens. L’opposition entre les parties polies et affinées et les parties à peine dégrossies rappellent, quant à elles, la brutalité des œuvres de vieillesse de Michel-Ange.
Cette figure de la vérité fut léguée par testament du Bernin à tous les premiers nés de la famille Borghèse. Elle resta chez les descendants jusqu’en 1924.


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