La Déposition de Raphael

Les colletions de la villa borghese

La Déposition de Raphael

En tournant le dos à la porte franchie pour entrer dans cette salle, une autre porte s’ouvre à notre gauche.
En la prenant, nous nous retrouvons dans la salle d’entrée d’où nous pouvons éventuellement refaire le tour du rez-de-chaussée. Nous pouvons aussi rebrousser chemin jusqu’à la galerie des empereurs, où se trouve l’escalier qui conduit à l’étage supérieur. Prenez d’ailleurs la peine de regarder, par les fenêtres de l’escalier, les belles perspectives des jardins.
Quel que soit votre choix, nous vous attendons au premier étage. Dans le petit hall où débouche l’escalier,

Vous voilà au sommet de l’escalier ? Bien. Nous vous proposons de prendre sur votre gauche vers la salle des peintures florentines. Traversez la première petite salle pour pénétrer dans la salle n°9.

Vous disposez d’une petite demi-heure seulement pour visiter ces salles. Après cela, les gardiens vous inviteront à redescendre et à sortir de la villa. Allons donc à l’essentiel, quoique, compte tenu de la concentration de chef-d'œuvre, il ne soit pas facile à déterminer.
En entrant dans cette salle, nous apercevons deux portes dans le mur du fond. Entre ces deux portes se trouve une des grandes œuvres de la galerie : La « Déposition » de Raphaël. Approchons-nous pour l’observer.

Cette œuvre fut réalisée en 1507 par Raphaël, à la demande de la famille Baglioni, grande famille de Pérouse, qui avait perdu un fils lors de troubles politiques dans la ville.
Raphaël est connu du grand public pour la grande douceur et pour l’équilibre de ses compositions. Et cela s’exprime surtout dans ses portraits et ses images de la Vierge à l’Enfant. Dans les grandes compositions en revanche, il se montre plus hardi, quoique la pureté classique soit toujours l’élément dominant de son travail.
Ici, à l’arrière-plan, nous voyons un paysage très sensible, où les montagnes lointaines disparaissent dans un sfumato, cette brume légère inspirée des œuvres de Léonard de Vinci. Du coup, le groupe de la Déposition est campé, grandiose et équilibré, sur toute la surface de l’avant-plan. Le Christ vient d’être descendu de la croix, que nous voyons sur la colline au fond à droite. Il va être déposé dans la tombe. Scène dramatique par excellence donc. La position des protagonistes placés de côté et le beau profil du personnage central, vêtu de rouge et de vert, évoque un bas-relief antique. Et de fait, c’est effectivement un relief de sarcophage antique qui servit de modèle à Raphaël pour cette composition à l’équilibre tout classique sur fond de paysage d’une grande douceur.

Le pathétique dans la scène s’exprime dans la torsion de certains corps, le mouvement des cheveux qui volent sous l’effet d’un vent imaginaire, comme chez Marie-Madeleine, cette femme en blanc au centre, penchée sur le Christ. Raphael montre ici un grand sens de l’expression dramatique, une fine observation de la psychologie humaine des personnages, et aussi une théâtralisation des émotions. Peu classique, donc, pour un artiste qu’on considère habituellement comme le type même de l’artiste classique, aux compositions sages et équilibrées. Mais c’est justement là une originalité de la composition. Ces mouvements et expressions dramatiques contrastent assez fort avec le calme du paysage, posé et équilibré. Par exemple, aux corps mouvementés s’oppose la calme verticalité de l’arbre, planté tout droit au milieu de la composition. Ainsi, malgré son classicisme, chez Raphael l’émotion humaine est profondément exprimée, dans des mouvements parfois exagérément amplifiés, comme les cheveux volants. Une œuvre comme celle-ci montre combien ce grand artiste annonce, au même titre que Michel Ange, les grands mouvements baroques du siècle à venir.


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