Le portrait de la femme à licorne

Les colletions de la villa borghese

Le portrait de la femme à licorne

Sur le mur percé de fenêtres, à votre gauche, se trouve le célébrissime portrait de Raphaël intitulé « la femme à la licorne». Allons-y.

Une jeune femme blonde aux yeux bleus, dont le visage se détache sur le fond bleu d’un ciel méditerranéen, tient dans ses bras une petite licorne. On ne sait pas qui est ce beau personnage. L’œuvre était d’ailleurs peu connue jusqu’en 1928. Jusque-là en effet, cette jeune femme avait l’aspect d’une Sainte-Catherine : la licorne ayant été cachée sous les attributs de la sainte. Une transformation maladroite exécutée sans doute au 16ème siècle par un artiste inconnu. Une restauration heureuse rendit au tableau son aspect d’origine, et permit de l’attribuer définitivement au grand maître.

Cette belle aristocrate inconnue n’a pas fini de nous fasciner. On ne sait rien d’elle. Par contre, au niveau esthétique, on sait que Raphaël nous a laissé toute une galerie de portraits de ses contemporains, et tous ces portraits, en vérité, présentent des caractéristiques semblables : composition en triangle, douceur de l’atmosphère, parfait équilibre des couleurs et des formes. Observez le bleu du ciel, qui trouve un répondant dans celui des yeux, au centre. Regardez le rouge opulent des manches, qui trouve écho dans celui du rubis du collier, au centre. A la blancheur du visage correspond celle des mains, à celle du haut des manches, correspond celle de la licorne. L’œil perçoit ce pur équilibre et donne ainsi à cette œuvre splendide une puissance d’émotion calme et équilibrée. Pour tout dire, cette œuvre est un modèle absolu de portrait classique idéalisé. Classique à cause des parfaites règles d’équilibre que nous avons mentionné. Idéalisé, car la blancheur de la licorne et de la peau évoquent bien sûr la pureté de la jeune fille. Ce sont vraisemblablement des effets de couleur symboliques, qui ne correspondent pas au teint réel. Il faut dire que l’idéalisation même fait partie du portrait de femme de l’époque, dans la mesure où le portrait se devait d’être non seulement une image des traits du personnage, mais aussi de ses qualités et de son caractère. La pureté, l’attitude posée et réfléchie, sont deux valeurs importantes dans l’éducation d’une jeune fille de la haute société à la Renaissance. C’est aussi ce qu’exprime ce tableau, à travers ses choix esthétiques.


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