Le tableau du Corrège

Les colletions de la villa borghese

Le tableau du Corrège

Face à la Vénus de Cranach, au dessus du manteau de la cheminée, se trouve un tableau du Corrège représentant Danaé fécondée par Jupiter sous la forme d’une pluie d’or.
La femme est étendue sur un lit, pendant qu’un amour ailé aux allures adolescentes, écarte le drap pour que la pluie d’or tombe là où il faut. A gauche, un morceau de fenêtre s’ouvre sur un paysage lointain. Au pied du lit, deux petits amours vérifient la qualité de l’or de leur flèche. Les amours avaient, dans la mythologie, deux sortes de flèche: il y avait celles à pointe d’or qui éveillent l’amour, et celles à pointe de plomb qui, hélas, l’éteignent.
Le thème de Danaé n’est que l’une des multiples péripéties amoureuses de Jupiter que ce soit avec une femme ou une nymphe. Toujours très créatif dès qu’il s’agit de féconder ses multiples conquêtes, Jupiter nous fait ici le coup de la pluie d’or ! Avec la nymphe Léda, par exemple, il prendra la forme d’un cygne, ce qui en peinture donnera des œuvres d’un érotisme parfois assez déconcertant.

L’œuvre ici fait partie d’une série de tableaux commandés par Frédéric de Gonzague, duc de Mantoue, pour l’empereur Charles Quint.
Le Corrège est l’une des grandes figures de ce qu’on appelle le maniérisme. Le maniérisme, est un style qui fleurit dans le courant du 16ème siècle, inspiré par les mouvements fougueux des œuvres de Michel-Ange ou les expressions douces de Raphaël. « Maniérisme » signifie « à la manière de », en fait à la manière de ces deux artistes. Les maniéristes vont accentuer tout un ensemble de gestes expressifs au risque du théâtral. Ils en deviennent finalement « maniérés. » Tout cela est perceptible ici, et l’on se croirait sur une scène de théâtre. La position de Danaé, ses bras exagérément ouverts, la lumière frisante sur son épiderme, les drapés qui l’entourent, la masculinité très marquée du grand Cupidon, les petits amours potelés dans leur action lourdement évocatrice… Tout cela est vraiment… maniériste.

Mais le Corrège est plus connu encore pour son chromatisme, le choix de ses couleurs, très subtil. Il produit d’imperceptibles variations de ton. Observez ainsi toutes les nuances par lesquelles passe un même ton : la peau des personnages, les dorures du lit, la lumière sur les drapés. Tout ceci accentue aussi le côté un peu artificiel de cette scène et fait partie du vocabulaire maniériste.


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