L’histoire du quartier Montmartre

Montmartre

L’histoire du quartier Montmartre

Tout d'abord, faisons un point sur l’histoire de ce village. Pour l’écouter, nous vous suggérons d’aller vous asseoir dans le square Jean Rictus que vous pouvez voir de la place des abbesses.

Pour le trouver, tournez le dos à l’église de briques rouges située sur la place des abbesses sur laquelle vous vous trouvez. Le square est maintenant face à vous : vous voyez ses arbres, à droite du restaurant « Petit Montmartre »

Et maintenant, parlons donc de l’histoire de Montmartre. Montmartre resta très longtemps un petit village situé hors des murs de Paris. Son histoire, très ancienne, nous ramène à l’époque gauloise, période à laquelle il y avait déjà un lieu de culte. A l’époque romaine, c’est un temple dédié à Mars, le dieu de la guerre, qui s’y trouvait. Le mont fut alors baptisé : « Mont de Mars ».
Au 3e siècle après Jésus Christ, les chrétiens furent persécutés dans tout l’Empire romain y compris bien sûr à Paris. Ainsi, le 1er évêque de la ville, le bon St Denis, fut décapité au sommet de cette butte. La légende nous raconte qu’il aurait ramassé sa tête pour marcher ainsi jusqu’à St Denis, où de pieux chrétiens élevèrent sa sépulture. A la suite de cet épisode, la butte prend le nom de « mont du martyr », peut-être à l’origine de son appellation actuelle de « mont-martre ».
A l’époque carolingienne, une chapelle fut construite sur le lieu légendaire du supplice. Très vite, elle attira les foules, suscitant peu à peu un véritable pèlerinage. On peut donc considérer que la religion est l’une des traditions montmartroises les plus anciennes et les plus ancrées.
Au 12e siècle, des religieuses bénédictines fondèrent une abbaye au sommet de la butte, près de l’actuel Sacré-Cœur. Mais peu à peu, l’intensité des pèlerinages s’amoindrit jusqu’à ce que, au 17e, des travaux mettent à découvert une crypte au bas de la butte.
De nombreuses personnes considérèrent bien évidemment qu’il s’agissait de la crypte où avait eu lieu le martyre de st Denis. Fort de cette conviction le pèlerinage reprit toute sa vigueur ramenant, avec lui, la fortune à l’abbaye. Les religieuses décidèrent alors la construction d’une nouvelle abbaye dite « l’abbaye d’en bas », autour de la crypte, à proximité de la place des abbesses. Délaissée, l’abbaye d’en haut fut rasée. Maintenant que nous avons évoqué la tradition religieuse de Montmartre, parlons un peu de sa seconde tradition : le plaisir. Une tradition qui est ici apparut au 18e sous Louis 15. La ville de Paris s’était alors considérablement étendue, ses frontières étaient situées sur les boulevards situés au bas de la butte (les boulevards de Clichy et de Rochechouart). Les agents de la douane décidèrent alors de l’installation de roulottes, pour faciliter la perception des taxes sur les marchandises qui entraient à Paris. C’est ainsi que, juste au-delà des roulottes, vers Montmartre, s’ouvrirent de nombreux cabarets. Ceux ci, n’ayant pas à s’acquitter de l’octroi, vendaient le vin meilleur marché qu’à l’intérieur des murs de Paris. Ils devinrent ainsi un lieu de sorties pour la clientèle parisienne. Ces cabarets furent baptisés « guinguettes », le vin qu’on y vendait faisant « guinguer », c’est à dire « débiter des bêtises ».
De plus, la butte offrait alors un paysage champêtre : imaginez donc ! l’abbaye bénédictine sur ses flancs, quelques pièces de vigne, un petit village à son sommet, de nombreux moulins qui tiraient partie de chaque brise, des maisons de campagne. Un ensemble à la fois charmant et aéré.

La Révolution coûta à l’abbaye sa destruction. Mais les cabarets, eux, par chance, sont restés.
Au 19e siècle, c’est la modicité des loyers qui attira de nombreux artistes, certes désargentés mais dont la postérité allait retenir les noms. Géricault et Corot furent les 1ers à s’y installer, suivis par beaucoup, beaucoup d’autres désormais au moins aussi prestigieux.
On disait alors qu’à Montmartre « on y mangeait pour rien et même pour moins que cela », une réputation qui draina donc une ribambelle de peintres et d’artistes en tout genre mais surtout du genre impécunieux. Tant et si bien qu’à la fin du 19es, Montmartre était devenu le quartier général des impressionnistes: Renoir habitait sur la butte, les autres y venaient souvent. Tous se réunissaient au café de la « nouvelle Athènes », Bd de Clichy, à hauteur de l’actuelle entrée du métro Pigalle. On y tenait des discussions enflammées, dans la fumée des cigares et l’odeur de l’absinthe, pour défendre la nouvelle peinture de plein air. Place Pigalle, avait même lieu, chaque lundi, un marché aux modèles. Plus tard, Henri de Toulouse-Lautrec et Vincent Van Gogh rejoignirent la bande montmartroise.
En 1870, c’est la guerre ; Paris est affamée par le siège prussien. Gambetta s’envole en ballon de Montmartre pour lever une armée à Tours. Mais c’est aussi ici que, quelque mois plus tard, débuta l’insurrection de la commune : les montmartrois se fédèrent pour s’opposer à la signature de l’armistice par le gouvernement provisoire. Louise Michel, ambulancière, militante, poétesse, écrivain, ancienne institutrice, est la figure de proue des fédérés montmartrois ; Jean Baptiste Clément, maire de Montmartre, chansonnier, journaliste, prend une part active à la commune, et écrit la chanson «Le temps des cerises» :
Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur
Cette chanson devient l’emblème même de l’insurrection, toute chargée qu’elle est d’amour et de nostalgies révolutionnaires.
Au début du 20e, les artistes sont toujours nombreux à Montmartre : Suzanne Valladon, Utrillo ; puis suivront Derain, Picasso, Modigliani, Juan Gris, Van Dongen qui s’installeront au bateau-lavoir, dont nous vous parlerons tout à l’heure. Aujourd’hui, les artistes sont toujours nombreux à Montmartre dans ce petit village qui a gagné une célébrité mondiale.
Evoquons maintenant le square dans lequel vous êtes probablement toujours assis : le square Jean Rictus.

Le square Jean Rictus a été planté à l’emplacement de l’ancienne mairie de Montmartre où Verlaine se maria. Au centre du square, s’élève le mur des « je t’aime » érigé en 2000. On y voit 311 « je t’aime » écrits en 250 langues, sur 40m2 de lave émaillée. Les éclats écarlates figurent un cœur éparpillé.


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