Le Moulin Rouge

Montmartre

Le Moulin Rouge

Continuez la descente de la rue Lepic jusqu’en bas, sur la place Blanche où s’achèvera notre promenade.

Tournez alors à droite et arrêtez-vous devant le moulin rouge que vous apercevez.

Nous allons maintenant vous raconter l’histoire de cette place Blanche et de son moulin rouge.
La Place Blanche tient son nom de l’époque où elle était blanche de la farine des moulins de Montmartre, mais aussi blanche des nuits sans sommeil, voire des poudres narcotiques qu’on trouvait dans ses cabarets.

A votre droite, le Moulin rouge rappelle le temps où, à la fin du 19e siècle, les boulevards de Clichy et de Rochechouart formaient, ce que l’on appelait alors, une « ceinture de non-chasteté ».
Ce cabaret du Moulin Rouge fut lancé en 1889, époque de l’inauguration de la Tour Eiffel, et il s’imposa très vite comme le nouveau lieu de plaisir à Montmartre. Son nom évoquait aussi bien les moulins de Montmartre que la couleur du sang, du crime, du désir, du vin, et du diable. Tout un programme !
Ce moulin rouge offrait des attractions pour tous les goûts : on pouvait y entendre des chansons douceâtres, grivoises, ou patriotiques y écouter d’une oreille attentive des pétomanes, on pouvait s’y promener sur des ânes, y souper, y tirer à la carabine, y acheter des dessins pornographiques. C’était le lieu le plus « chaud » de la capitale. Dans le jardin où, seuls les hommes pouvaient pénétrer, se trouvait un éléphant géant. On y trouvait aussi, bien évidemment, une salle de bal, où les danseuses effectuaient le très licencieux et très acrobatique« french cancan ».
Les danseuses se tenaient au milieu du public sans costume particulier : elles ne se distinguaient des femmes du monde présentent dans la salle qu’au moment du lever de jambe : on trouvait Cricri qui mourut en faisant le grand écart, Nini patte en l’air, Rayon d’or ; Jeanne Avril et ses virevoltants dessous noirs, et surtout Louise Weber, dite la Goulue. Ses amis lui avaient donné ce nom en référence à son appétit féroce. Sa mère était blanchisseuse. A 12 ans, elle fréquentait déjà les bals champêtres et fit la connaissance de riches mondains. Rose et blonde, brutale et lascive, elle se tordait, impudique, faisant valser les hauts-de-forme d’un coup de pied, ce qui en fit l’une des reines de Paris. Elle était souvent accompagnée de Valentin le désossé, grand, maigre, flottant dans une redingote noire, à la face glabre, et triste. Avec la Goulue, il dansait une valse saugrenue qui enthousiasmait les spectateurs.
Les habitués étaient des Parisiens célèbres, des ducs et altesses, des étrangers, des provinciaux. L’un de ces habitués était le peintre Toulouse-Lautrec, petit homme contrefait qui venait chaque soir, et trouvait là son inspiration pour ses tableaux de danseuses ou de prostituées. Conscient de son physique disgracieux, il déclara un jour au directeur du Moulin rouge qui l’enjoignait ne pas avoir peur de son chien, « ce n’est pas moi que tu devrais rassurer, c’est le chien ». On lui doit l’une des plus fameuses affiches du moulin rouge.
La grande époque du moulin rouge se termina en 1904 avec la mort de Toulouse Lautrec. Les danseuses partirent. Privé de ses vedettes, le moulin rouge se transforma en simple café-concert. Dans les années 30 : Mistinguett, alors jeune fantaisiste, y lança la célèbre valse chaloupée.
Sur le boulevard de Clichy où nous nous trouvons et dans son prolongement sur le boulevard de Rochechouart se trouvent toujours de nombreux établissements de plaisirs : cafés concerts, cabarets comme le célèbre « chat noir » aujourd’hui disparu, le « Mirlitton » d’Aristide Bruand, le bal de l’Elysée Montmartre. La tradition de canaillerie du quartier n’a pas perdu de sa vigueur et ces endroits sont toujours très fréquentés durant les nuits parisiennes.
Mais libre à vous de le vérifier directement en revenant la nuit, qui, souvent ici, et encore et toujours est blanche comme la place du même nom.
Notre promenade, bien plus sage, se termine ici aux pieds de ce village de Montmartre dont nous avons cherché à faire revivre pour vous l’indéniable charme et le pittoresque si particulier de ceux qui en ont fait l’histoire.

Pour revenir à la place des abbesses, il vous faut remonter la rue Lepic, elle croise la rue des Abesses sur votre droite. La place des abbesses est au bout de la rue du même nom.


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