La façade et les portails de Notre-Dame

Notre-dame de paris

La façade et les portails de Notre-Dame

Regardons de nouveau le marquage au sol. Les petits pavés gris sombres dessinent le tracé de la première cathédrale. Mais maintenant, suivons des yeux les lignes formées par les plaques plus claires. Cette fois-ci, ce n'est plus un bâtiment qui est ainsi délimité, mais bien contraire, une rue; en l'occurrence la rue centrale qui menait à la nouvelle cathédrale. Quelques inscriptions sur les dalles indiquent l'emplacement de quelques établissements disparus : à gauche « le chaudron », une ancienne auberge. A droite, l'église de l'ancien hôtel Dieu où l'évêché accueillait et soignait les malades. Au passage, rappelons que les grands bâtiments à gauche du parvis quand nous faisons face à la cathédrale, portent également le nom d'hôtel-dieu. En fait, il s'agit d'un hôpital totalement laïc, construit au dix-neuvième siècle mais ayant repris le nom de son illustre prédécesseur. Ainsi, à l'origine, il n'y avait pas devant Notre-Dame un grand parvis dégagé comme maintenant. Et ses tours de soixante-neuf mètres donnaient donc l'impression d'émerger des toitures des maisons environnantes et l'on n'avait pas le recul suffisant pour apprécier la façade dans sa totalité. C'est à la politique de réaménagement de l'île de la cité, sous le règne de Napoléon trois, que l'on doit l'aménagement de ce vaste espace totalement dégagé où nous nous tenez en ce moment. Intéressons-nous maintenant à cette fameuse façade. Commencés vers 1200, les travaux ne furent achevés que cinquante ans plus tard.
Trois portails sculptés invitent le fidèle à pénétrer dans l'édifice. Ils évoquent les liens privilégiés unissant Marie et son fils Jésus. Au dessus, une galerie de vingt-huit statues correspond aux vingt-huit ancêtres de Jésus, cités par l'évangéliste Matthieu, depuis Jessé, le père de David, jusqu'à Joseph, l'époux de Marie. Regardons comment ces personnages sont représentés. Avec leur couronne et leur sceptre, ils vous font certainement penser aux rois de France du moyen âge. Cela n'est pas fortuit. Les artistes médiévaux ont certainement voulu montrer, par là, la continuité entre les grands personnages de la Bible et les prestigieux rois de la France chrétienne. Et puis d’ailleurs, souvenons qu’à l’époque, les capétiens ne sont roi de père en fils –sans passer par le vote des grands du royaume- que depuis peu. D’une certaine manière, ils ont encore le complexe de descendre d’un simple duc, Hugues Capet, et non pas d’une figure aussi légendaire et incontestable qu’un Clovis pour les Mérovingiens ou Charlemagne pour les Carolingiens. Du coup, ils essaient toujours de se légitimer au maximum en créant des filiations divines. Les révolutionnaires l'ont bien compris et, avec la proclamation de la République, en 1792, ils ont ordonné la destruction de ces statues, symboles d'une époque révolue et détestée. Elles ont donc toutes été refaites au dix-neuvième siècle.
Puis regardons l’étage au-dessus. Il est divisé en trois parties. Au centre, Marie est entourée de deux anges et est placée devant la grande fenêtre en forme de rose. Adam à gauche et Eve à droite se détachent sur les baies latérales. Grâce à la venue du Messie, l'humanité pécheresse, symbolisée par ces deux personnages, pourra être sauvée. Enfin, les deux tours monumentales montent, avec les prières des fidèles, vers le ciel.
Revenons maintenant aux trois portails. Le portail de la droite possède les éléments sculptés les plus anciens. Regardons dans le tympan, c'est-à-dire la partie supérieure en demi-cercle, la représentation de Marie assise sur un trône, l'enfant Jésus sur les genoux. Elle paraît plutôt rigide et figée, ce qui rappelle le style roman de la première moitié du douzième siècle. Le grand relief ou linteau situé juste en dessous raconte les premiers épisodes de la vie du Christ. De gauche à droite se succèdent Isaïe, le premier à avoir prophétisé le Messie, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Annonce aux bergers, le roi Hérode et enfin les rois-mages.
Nous y retrouvons la même rigidité : les personnages sont disposés les uns à côté des autres sans souci de perspective ou de profondeur. On peut donc le dater également de la même période. Ainsi, ces deux éléments – tympan et linteau- ont vraisemblablement été réalisés au départ pour un autre bâtiment et réutilisés dans le décor de ce portail. Ils ont été complétés par un dernier linteau, placé encore en dessous. Y sont représentées les dernières scènes de l'enfance du Christ à partir de la fuite en Egypte.
Le style, comme on peut le constater aisément, est radicalement différent. Voyez comme les personnages se tournent les uns vers les autres pour former de véritables groupes. Tout y est beaucoup plus souple et plus animé. Et on voit bien que le style a fortement évolué. En fait, entre les 2 linteaux, plusieurs dizaines d'années se sont écoulées et nous avons, ici un parfait exemple de l'art des années 1210.

Un mot enfin sur la statue de Saint-Marcel, placée entre les deux vantaux de bois du portail. Même si elle a été refaite au dix-neuvième siècle, elle permet de se souvenir de cet évêque du cinquième siècle, célèbre pour avoir terrassé un horrible dragon qui terrorisait les Parisiens de l'époque.


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