La maison municipale

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

La maison municipale

Nous voici sur la Place de la République, au pied de la Tour poudrière. La Maison Municipale se trouve à notre droite, et elle est reliée à la tour par une petite galerie en pierre. De l’autre côté, à gauche de la tour, c’est l’avenue Na Prikope qui commence. Débutons par la Maison Municipale. Pour avoir une bonne vue d’ensemble de cette dernière, prenons du recul. Et pour cela, passons de l’autre côté de la rue et allons vers ce haut bâtiment austère couronné par un tympan. C’est l’ancienne douane, et elle se trouve juste dans l’axe de la Tour poudrière.
Retournons maintenant à nouveau vers la maison municipale. L’avenue Na Prikope est toujours sur notre gauche, et devant nous se déploie la Maison municipale. Plaçons-nous face à son entrée principale. On le voit mieux ainsi placé : C’est un édifice gigantesque, on peut même parler de complexe dans la mesure où la Maison Municipale est un ensemble multifonctionnel regroupant café, restaurant, salles d’expositions, salle de concert et pièces d’apparat réservées au Maire de Prague. Alors, racontons son histoire et bien sûr aussi celle de l’art nouveau à Prague. En fait, le projet date de la toute fin du 19e siècle et doit être replacé dans le cadre des relations entre les communautés tchèques et allemandes de la ville. En effet, à la fin du 19e siècle, la population allemande voit son importance politique s’émousser sous l’impulsion du mouvement national tchèque. Celui-ci est présent simultanément sur les terrains de l’économie et de la politique grâce à une bourgeoisie très dynamique. Comme dans le passé, c’est dans le domaine de la culture que cet affrontement pacifique sera le plus lisible. Et nous allons le vérifier ici.
Ainsi, en 1890, la municipalité de Prague lance un concours pour l’édification d’un immeuble qui devra incarner cette nouvelle donne. En 1903, Antonin Balsanek et Osvald Polivka remportent le concours. Et en 1911, la Maison Municipale est inaugurée en grandes pompes.
Il est vrai que la difficulté était réelle. D’abord, il fallait s’adapter au terrain. C’est à dire construire sur un emplacement ruiné occupé au 15e siècle par le Palais Royal de Venceslas 4, puis, plus tard, par une école militaire. L’espace disponible ressemblait vaguement à un losange et il fallait faire avec. Ensuite, la Maison Municipale devait se présenter comme une sorte d’œuvre d’art total, reflétant instantanément le génie local et donc la légitimité tchèque. On fit donc appel aux plus grands artistes. Faisons un inventaire succinct de ceux qui ont participé au décor, Preisler, Sahoun, Mucha, Kafka -le sculpteur pas l’écrivain avec lequel il n’a rien à voir d’ailleurs ni de près ni de loin -Svabinsky, Spillar. Certains de ces noms ne vous disent pas grand-chose, mais dites-vous que tous ces artistes constituaient le gratin de la scène artistique pragoise au début du 20e siècle !
Du point de vue stylistique, la Maison Municipale est souvent présentée comme une sorte de manifeste de l’Art Nouveau pragois. Mais il faut être prudent, car l’Art Nouveau n’est pas monolithe. Sous le terme d’Art Nouveau, on peut en fait regrouper différents mouvements artistiques présents en Europe entre grosso modo 1890 et 1910. Ainsi, en France et en Belgique, on parle d’Art Nouveau, mais on parle de Modern Style en Angleterre, de Liberty en Italie, de style Sécession en Autriche, et de Jugendstyl (LECTEUR : iou gent chtil) en Allemagne. Cette diversité ne doit pas pour autant cacher la communauté d’esprit qui anime tous ces mouvements et qui se fonde sur un maître-mot « Nouveauté ». Nouveauté d’abord dans le refus des académismes et dans la recherche de plus en plus marquée d’un art national. Pour l’Art Nouveau, l’Histoire est la clé de la création de la modernité, la clé pour maîtriser le futur.
Nouveauté ensuite dans la volonté de créer un art qui réponde aux exigences du temps. Un temps dominé par le culte du progrès. Un temps qui a changé aussi le rapport entre l’art et la société grâce aux progrès techniques, et au machinisme ! Désormais l’art descend dans la rue, sur la table du salon, au café du coin : c’est le principe de l’intégration de l’art à la vie quotidienne. Au niveau des objets, cela donnera à court terme le design. Au niveau de l’architecture, cela donnera la notion d’œuvre d’art totale, c'est-à-dire d’une synthèse de tous les arts et la prise en compte de toutes les parties de l’édifice comme des espaces à décorer, du salon aux toilettes.
Comme nous le verrons ensemble, la Maison Municipale répond à ce dessein. Déjà par sa dimension patriotique. Ensuite parce que du sol au plafond, il y a une cohérence esthétique. Pour nous en rendre compte, il nous suffira d’aller y faire un petit tour.


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