Le tympan central de la maison municipale

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

Le tympan central de la maison municipale

Maintenant, si nous regardons la façade, elle reste très décorative. Elle est couverte d’ornements mosaïques, stucs, statues qui sont des citations de l’art du passé. Par exemple, regardons le grand tympan central, ne vous fait-il pas penser à une sorte d’arc de triomphe ? S’il faut absolument rattacher cette façade à une des écoles de l’Art Nouveau, alors choisissons l’école allemande, le Jugendstyl, plus historisant, plus décoratif et moins rationaliste que par exemple le style de la Sécession viennoise bien représenté un peu plus loin.
Quoi qu’il en soit, cette indécision stylistique entre éclectisme et modernité que reflète la Maison Municipale fut critiquée par tout le monde. Par les Allemands d’abord, qui y virent une construction « agressive » qui exaltait la communauté tchèque, par les Tchèques modernistes qui le trouvèrent ringard avant même la fin des travaux…

Regardons maintenant cet édifice. Dès le premier coup d’œil, on remarque sa monumentalité, mais aussi l’originalité de son plan qui est due, on le sait, à l’irrégularité du terrain.
La composition générale repose sur deux longues ailes latérales reliées par une rotonde d’angle qui est aussi l’entrée principale, juste devant nous. Cette dernière, comme tout l’édifice est composée de deux niveaux. Le niveau supérieur d’abord, légèrement concave, est une sorte de gigantesque niche décorée par une belle mosaïque représentant une allégorie de la Ville de Prague. Elle fut réalisée par un artiste important, Karel Spillar, et le thème, bien entendu, est patriotique. Découvrons-le :
Regardons au premier plan, il y a une femme assise sur un trône : elle symbolise la Bohême. Elle est entourée de différents personnages. Par exemple, à droite, deux enfants sont assis au pied d’un arbre fruitier, le jeune garçon joue du violon. Si l’on se réfère au dicton selon lequel tout Tchèque naît avec un violon sous la tête, on est bien dans une imagerie patriotique. Plus sérieusement, à gauche, on reconnaîtra Flore, sous l’aspect d’une jeune femme nue. Rappelons que Flore est la déesse romaine du printemps et, par extension, de la végétation. C’est un thème récurrent chez les artistes d’alors. Enfin, sur le côté gauche de la composition, sur son cheval blanc, c’est saint Venceslas, certes le patron de la Bohême –mais aussi d’une Bohême indépendante. Il fixe l’horizon où se dessine la silhouette d’une ville hérissée de clochers, c’est Prague.
Et si vous n’êtes pas convaincus de la portée patriotique du décor, alors regardez maintenant de chaque côté du tympan : vous voyez les deux groupes de statues posées comme deux charnières unissant la rotonde centrale aux façades latérales. Ce sont des œuvres de Ladislas Sahoun, un admirateur de Rodin, connu pour le monument consacré à Jean Hus sur la Place de la Vieille-Ville. D’abord, regardez le côté gauche, où se trouve un groupe de personnages ramassés sur eux-mêmes et comme accablés par le destin. Ce groupe est censé représenter une allégorie de l’Humiliation, l’humiliation de l’occupation bien sûr. En revanche, à droite, avec l’aigle de cuivre, c’est le symbole du Renouveau, de l’Eveil National en quelque sorte, et cette fois-ci la statue se hisse vers le ciel, comme pour annoncer l’avènement d’un avenir forcément radieux.


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