Le rez-de-chaussée de la maison municipale

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

Le rez-de-chaussée de la maison municipale

Regardons maintenant le niveau inférieur écrasé par la beauté de l’auvent monumental qui précède l’entrée et dont la rotondité rappelle celle du tympan. Il y a plusieurs choses à dire sur ce rez-de-chaussée.
Tout d’abord, remarquez la verrière décorée de vitraux colorés et qui est comme suspendue à cet auvent. On a utilisé ici des matériaux modernes, le verre et le bronze. Pour preuve, regardez ces beaux atlantes hissés sur deux colonnes latérales et en train de hisser un globe de verre sur leurs épaules : ce sont des porteurs de lumière !
Dans le projet initial, il était prévu de dérouler sur les murs de véritables cycles retraçant l’épopée de la Bohême. Au bout du compte, seul des médaillons de stuc représentant des thèmes universels comme les arts, les sciences, les techniques, ont été réalisés. Ils sont disposés tout au long des deux façades latérales entre chacune des fenêtres. D’ailleurs, sur les deux façades, ces belles fenêtres arrondies sont aussi soulignées par un long balcon en bronze qui créé un contraste de couleur et équilibre l’ensemble de l’édifice. On ne comprend plus forcément aujourd’hui la puissance suggestive d’un tel décor. Mais à l’époque, ce fut un choc : c’était à la fois un cri de demande d’autonomie et en même temps, l’idée que cette autonomie serait pérennisée par la maitrise des sciences et techniques : voyez les médaillons représentant l’automobile et l’aéronautique. Un cri de demande d’autonomie avons-nous dit : car n’oublions pas que, depuis le 16e siècle, la Bohême était sous l’autorité de la Vienne des Habsbourg ; qu’en 1910, ce vaste empire regroupait 11 groupes nationaux sans parler de quelques «mini-minorités» et il s’étendait de l’Elbe à l’Adriatique. Mais c’était une unité de façade. Au parlement de Vienne, c’était souvent la confusion la plus grande. Par exemple, les députés tchèques, lorsqu’ils voulaient interrompre les débats soufflaient dans des trompettes ou battaient du tambour. Il y avait des difficultés car chaque peuple avait une longue histoire. Alors, il fallait souvent s’en remettre au compromis, se balancer éternellement entre coercition et concession. Mais au début du 20e siècle, le paysage de la Mitteleuropa –l’Europe centrale- avait évolué. L’Empire austro-hongrois s’était affaibli, il se fissurait à vue d’œil et les revendications autonomistes pleuvaient sur le vieil empereur François-Joseph. L’opiniâtre volonté d’autonomie -et pas forcément d’indépendance- des Tchèques s’affirma davantage encore et créa un malaise dans la société tchèque, la coupant entre les Germanophiles - plus proches de Vienne- et les Slavophiles. C’est en définitive la Première Guerre mondiale qui mettra les choses au point. Et, en 1918, sous l’impulsion des puissances occidentales -la France et l’Angleterre, on redessinera alors une Europe des Nations, la Tchécoslovaquie en sera une des pièces maîtresses. L’Empire austro-hongrois, lui, aura vécu. 

Il est fortement conseiller d’aller faire un petit tour dans la Maison Municipale. Elle est complètement décorée : c’est donc une « œuvre d’art total ». Il y a plusieurs options : aller dîner au restaurant français, dans l’aile droite pour contempler les peintures murales. Ou bien franchir les portes battantes et descendre au sous-sol, en prenant soin de passer par les toilettes pour aller jeter un œil sur le beau décor de faïences de la Brasserie, appréciable aussi pour sa bière ainsi que sur le beau bar américain du sous-sol. Ou alors remonter et se contenter d’un Strudel, gâteau aux pommes et à la cannelle, dans le café de l’aile gauche. Pour les Mélomanes, vous devez revenir un soir pour écouter les classiques tchèques dans la salle Smétana. Elle vaut le détour. Quoi, qu’il en soit, même si vous ne consommez rien, vous pouvez au minimum entrer et faire le tour des pièces que nous avons dites.


<< 5 - Le tympan central de...         7 - La rue Na Prikope... >>

Sommaire complet du dossier :