L’édifice n°7

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

L’édifice n°7

Continuez à descendre la rue sur une dizaine de mètres puis passez de l’autre côté de la rue. Marquez un arrêt devant le N°7 où se trouve un immeuble Art nouveau.

Il s’agit d’un édifice construit en 1905 comme l’indique la date inscrite en chiffres d’or sur le tympan de la façade. Il est divisé en deux parties distinctes. La première correspond aux deux premiers niveaux, c’est la partie commerciale. La seconde partie commence juste au-dessus, elle est réservée aux appartements ou à des bureaux. Accordons-lui quelques instants et retrouvons ses caractéristiques arts nouveaux. Regardez bien cette seconde partie, laquelle correspond finalement à l’essentiel de la façade de l’immeuble. On le voit : elle est très simple dans son plan : ce sont trois étages couronnés par un auvent au-dessus duquel se déploie une large galerie, elle-même couronnée par un tympan semi-circulaire. On est loin de la maison Municipale. Mais ce qui est recherché ici, c’est moins l’éloquence et le décoratif que l’épure et le rationalisme. En cela, cette façade se rattache totalement à l’esprit de l’art nouveau autrichien, à la Sécession viennoise plus exactement, défendue par Otto Wagner et d’Alfred Loos. Selon ce dernier, dans une architecture, tout élément doit être justifié du point de vue architectonique, sinon qu’il disparaisse ! Alors certes, ici, on n’en est pas là, et la façade qui est devant vous n’a pas du tout renoncé à l’ornement. Il suffit de regarder la galerie et le tympan final.
Et même, la répartition des masses nous semble aussi être décorative. Regardez par exemple la force qui émane de cette façade à partir de la simple opposition entre la platitude du mur et le bow-window central qui semble comme surgir de l’intérieur de ce même mur. Si on prend la définition de Loos, et bien cette bow window est plutôt décorative qu’absolument nécessaire pour le soutien architectural. Donc, elle n’est pas très art nouveau. Et l’ornement ne voile rien des lignes pures tendance art nouveau, mais il est bien là, sous la forme de ferronneries pour les balcons, de dorures et de stucs sur la façade. Tiens : les stucs justement ! regardez-les, ils encadrent par exemple les fenêtres du deuxième étage de la façade. Ils représentent des formes imprécises, à première vue végétales, qui se contorsionnent en donnant l’impression d’être gonflées par le vent. Au passage, notons que ces décorations végétales sont fréquentes dans l’art nouveau Bruxellois (pensons à Horta en particulier). Etrange tout de même.
On dit donc qu’il y a, dans ce bâtiment, une ligne art nouveau sécession viennoise, un zeste d’influence bruxelloise, des décorations et ornements tirés d’on ne sait où, mais –ma foi- harmonieux à regarder. Mais regardons mieux ce décor végétal. On se rend alors compte qu’on y voit plus simplement des paons disposés deux à deux à chaque angle des fenêtres ! Un beau « désordre organisé » qui n’est pas sans rappeler le goût pour l’illusion du style baroque. Et la, c’est typique de Prague qui ne se conforme jamais à 10% à un style précis, ou alors qui se conforme à 100% à un style pragois.


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