La galerie Koruna

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

La galerie Koruna

Retraversons maintenant la rue pour rejoindre au N°6, la plus étroite façade de Prague qui donne accès à la galerie Koruna.

Bon, la plus étroite façade de la ville de Prague est maintenant juste devant nous. C’est la façade de la Maison Koruna, c’est écrit tout en haut. Juste à sa droite, au N°4, l’immeuble Néo-Renaissance est l’ancienne Maison des Tissus et est actuellement un magasin Benetton. Mais c’est aussi le plus ancien grand magasin de Prague, il date de 1870. Nous vous invitons à aller faire un tour à l’intérieur, où un superbe escalier fin de siècle trône au rez-de-chaussée.

A droite de la Maison Koruna commence le Palais Koruna. Un ensemble gigantesque installé à l’angle de la rue Na Niproke et de la Place Venceslas, et couronné par une coupole en verre. Nous le verrons un peu plus tard. Pour le moment, revenons à notre « étroite façade ». Regardons là bien quelques instants. Elle se caractérise d’abord par son étroitesse bien sûr, mais aussi par la simplicité de son décor. Ici, l’architecte a préféré le dépouillement. Pas de décorations volubiles, ni de motifs floraux donc, mais un style épuré pour une façade organisée à partir d’une succession de petite fenêtres couronnées par un superbe bow-window c'est-à-dire une sorte de fenêtre en saillie sur la façade- qui attire la façade vers le ciel. Très réussi !Mais ça n’est pas tout, car la maison Koruna a aussi une fonction précise, celle de mettre en valeur l’entrée de la prestigieuse Galerie Koruna, l’une des plus belles de Prague.
Allons y. Entrons.

Regardez, elle s’étire sur une trentaine de mètres puis part sur la droite pour relier directement la rue Na Prikope à la Place Venceslas. Parlons-en en même temps que nous y flânons. Alors en soi, le développement des Galeries marchandes n’est pas propre à Prague. A Paris, autour des grands boulevards, on en compte un certain nombre mais à Prague ils sont devenus rapidement très importants. On pourrait ajouter aussi que ce n’est pas une nouveauté et que dès le 12e siècle, la ville était déjà quadrillée par des dizaines de passages qui permettaient d’aller plus rapidement d’un quartier à un autre. Oui mais voilà, nous parlons bien de « passages », c'est-à-dire de raccourcis, de voies couvertes ou non dont la finalité est de rendre les communications plus efficaces. Dans un passage, on passe, en vitesse, mais on ne s’y arrête pas. Par contre la Galerie, c’est très différent. Car dans la galerie, tout est fait pour ralentir, attirer puis captiver le regard du passant. Alors que dans le passage la lumière est faible, dans la galerie, c’est le règne de la fée électricité et une manière de réaffirmer que l’art et l’industrie ne sont pas antagonistes. Bien au contraire, puisque l’industrie permet à la beauté d’investir les lieux du quotidien. Dans bien des cas, les galeries de Prague étaient bien plus encore, de véritables espaces de sociabilité équipés de cinéma, dancing, théâtre privés, restaurants ou salles d’exposition. Rien qu’aux abords de la Place Venceslas, on en dénombre plus d’une dizaine.Cette importance des galeries dans la vie sociale pragoise va brusquement s’effondrer au milieu du 20e siècle avec la collectivisation voulue par le régime communiste. Les petits commerces devront fermer leurs portes, remplacés par les annexes grises de bureaux administratifs dignes des romans de Franz Kafka.
C’est seulement dans les années 80 que les galeries retrouveront leur vocation féerique, elles seront alors réinvesties par la société de consommation et dominées désormais par la tyrannie des marques.


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