L’immeuble fonctionnaliste

Nove mesto : de la maison municipale a la place venceslas

L’immeuble fonctionnaliste

Nous allons passer en revue quelques édifices parmi les plus connus de cette place.
Nous sommes toujours dans l’axe de la place et le palais Koruna est sur notre gauche, de même que la rue Na Prikopé. Juste en face du palais Koruna, de l’autre côté de la Place, à notre droite donc, il y a trois immeubles en verre accolés les uns aux autres.
Le premier, le plus à droite est aussi le plus récent puisqu’il date de 2002. On l’appelle l’immeuble «EURO». C’est sans doute l’une des plus belles réalisations architecturales à Prague de ces dernières années Regardez plutôt: l’immeuble, composé d’une dizaine d’étages, se présente comme un gros cube de verre très sobre dont les angles ont été arrondis pour mieux se fondre dans l’environnement. Mais le plus étonnant, c’est que de ce premier cube surgit un second volume cubique doré et enveloppé d’une gangue de verre qui réussit à se hisser aussi haut que la tour d’angle du palais Koruna située juste en face. L’ensemble est d’une très grande pureté et s’intègre parfaitement aux deux immeubles qui se trouvent à gauche et dont l’architecture repose sur les mêmes principes. Nous avons nommé l’ancien immeuble Lindt -le chocolatier- et à sa gauche l’immeuble Bat’a, le fabricant de chaussures. Faites quelques pas en direction du magasin Bat’a, aujourd’hui occupé par l’enseigne Promod.

Voilà, il faut toujours prendre un peu de recul sur la Place Venceslas pour observer les façades en toute tranquillité.
Donc, récapitulons, complètement sur la droite, c’est l’immeuble EURO, à sa gauche, c’est l’immeuble Lindt et à la gauche de ce dernier, c’est l’immeuble Bat’a. Levez les yeux vers le magasin Bat’a. Première évidence, la façade est très différente de ce que nous avons vu depuis le début de notre promenade. Deuxième remarque, elle est finalement assez proche de l’immeuble Lindt juste à sa droite.En fait, les deux immeubles, Bata et Lindt sont les premiers bâtiments fonctionnalistes à avoir été construit à Prague dans les années 1920. Mais alors qu'est-ce que c’est qu’un immeuble fonctionnaliste?

Le fonctionnalisme développe l’idée selon laquelle la source de la beauté repose sur l’adaptation de la forme à la fonction. Très bien. Mais le fonctionnalisme ajoute aussi que la nouvelle architecture doit être en parfaite symbiose avec les conditions techniques de son époque. La conséquence de ces deux postulats est le recours à des volumes élémentaires, comme le cube, à des surfaces nettes, lisses dépourvues de tout ornement, et aussi légères que possible comme le verre. Par ailleurs, le plan doit être libre, c’est à dire indépendant d’une ossature d’où la naissance de ce que l’on appelle le  « mur-rideau », c'est-à-dire un mur de façade qui ne supporte pas de plancher et ne fait donc pas partie de l’ossature, il sera le plus souvent en verre. Ces principes élémentaires sont devenus les règles de l’architecture contemporaine, et l’immeuble EURO en est le meilleur témoignage.
Pourtant dès 1926, l’immeuble Bat’a les met en pratique : regardez, une ossature en béton, de larges baies vitrées qui joue le rôle de murs-rideaux, une grande luminosité pour travailler dans la joie ! Tout y est. Une vraie révolution !
Plus sérieusement, on sent bien que la possibilité de construire des immeubles si modernes et même avant-gardistes à un endroit si central de la ville est en soi curieux. Curieux, mais révélateur du prestige dont jouissait l’art moderne à Prague… et plus généralement en Bohême, d’ailleurs car un autre grand foyer pour l’architecture moderne est la ville de Brno
Enfin et pour terminer, ces réalisations parlent aussi de l’existence d’une bourgeoisie entreprenante qui a eu le mérite de trouver dans une architecture rigoureusement fonctionnelle -et parfois sèche- un cadre de vie qui lui convenait tout en perpétuant la créativité tchèque, cet éternel génie local. Et ces industriels furent nombreux : Skoda, Avia, Bekamo, Bat’a, le numéro 1 de la chaussure dans les années 30. Tous appartenaient à la caste des « capitalistes fondateurs d’entreprises familiales » comme l’on disait, la plupart n’étaient partis de rien et furent à leur manière des visionnaires.
Avant de rejoindre le prochain édifice, allez donc faire un tour dans la galerie Bat’a, elle passe sous le magasin puis nous nous retrouverons à l’entrée de la Galerie.


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