L’ambon placé à gauche

Palais medicis et eglise san lorenzo

L’ambon placé à gauche

Si Donatello maîtrise la perspective, son intérêt pour la lumière n’est pas moindre. Pour vous en rendre compte, allons voir l’autre ambon.

Vous y êtes ? Bien alors, regardons la scène de «la mise au tombeau » présente sur le petit côté orienté vers le cœur. L’avez-vous trouvé ? Oui ? Alors, nous pouvons parler de la 2ème nouveauté : c’est le fameux relief schiacciato. Regardons ensemble : cette fois-ci, il crée l’illusion en adoptant un 1er plan saillant tandis que le fond sert à renforcer la cohésion des scènes traitées et rendre plus intense l’unité dramatique des œuvres. Pour obtenir cela, l’artiste a recours à différents reliefs. Ainsi, si vous regardez attentivement le fond, vous voyez apparaître des personnages, des femmes éplorées, finement silhouettées, comme dans un travail de gravure sauf qu’ici il s’agit d’un très faible relief. Vous les voyez ? Et regardez devant elles maintenant : dans un relief un plus saillant, d’autres figures émergent du fond. Voyez par exemple, cet homme debout au pied du tombeau, sur sa droite. Vous l’avez trouvé ?  Oui ? Bon ! Alors notez comme son épaule droite fait partie du fond, tandis que la gauche en ressort. Vous avez vu ? Et sur le devant, assise sur le sol et prostrée devant le tombeau, on voit une femme de profil. Elle est rendue avec un relief encore plus important. Enfin, tout à fait à gauche maintenant : regardez le pilastre, c'est-à-dire cette colonne à moitié enfoncée et là on voit un enfant qui est adossé au pilastre et qui sort sa tête. Lui, il est traité cette fois en haut-relief, c'est-à-dire un relief très proéminent. Donatello passe donc ici par différents registres, pour créer la profondeur, passant d’un arrière-plan esquissé à un 1er plan rendu avec un fort relief. Et ces plans successifs rendus par des épaisseurs de reliefs différentes- créent une perspective très forte : au fond, derrière les silhouettes féminines : un mur qui ferme la scène puis les femmes, un tronc d’arbre, d’autres personnages, le tombeau, l’homme debout qui nous présente son dos, la femme éplorée et encore un arbre. L’illusion de la profondeur est magistralement rendue. Quant à l’intensité dramatique, elle est exprimée par les attitudes de chagrin qui se manifestent par tous ces corps penchés, les visages tristes que l’on nous cache. Tout cela avec beaucoup de dignité et de silence ; Le drame n’est pas affiché, pas de douleur manifeste et ostentatoire. Le drame n’en est que plus vrai. Et puis aussi, quand y réfléchit bien: chacun manifeste sa douleur de façon différente. Ainsi, le spectateur serait peut-être moins sensible s’il voyait des manifestations de douleur qui lui sont éloignées. Alors que rendue de façon contenue, la douleur est plus ressentie par tous. Son intérêt pour le rendu naturaliste s’exprime aussi par la variété des attitudes, le rendu des drapés, les éléments de la nature, tels les végétaux du 1er plan, les têtes de lion portant des anneaux sur le tombeau du christ. Prenez votre temps pour regarder ce relief.

Placez-vous à présent devant la scène représentant « la prière au mont des oliviers », cette scène située à l’extrémité du long côté qui fait face au mur de l’église. Dit autrement, lorsque vous êtes face à la scène de « la mise au tombeau », c’est le long coté qui est sur votre droite.
Vous la repérerez facilement, car, d’une part, elle est cernée par 2 pilastres cannelés, d’autre part, par les personnages qui sont assis en bas sortant physiquement de la scène. Portez votre attention sur 3 des apôtres en bas au 1er plan. Ces reliefs repoussent les limites de la technique du bronze. Donatello passe du bas-relief à la ronde bosse. Voyez comme il fait sortir du cadre des éléments. Nous retrouverons très bientôt ce génial sculpteur dans la vieille sacristie.


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