La tenture de « la Dame à la licorne » de la salle 13

Paris : le musee de cluny

La tenture de « la Dame à la licorne » de la salle 13

Passons maintenant à la salle 13 située en haut des marches.

C'est ici que vous allez enfin pouvoir admirer un des chefs-d'œuvre absolus du Moyen-Âge, célèbre à juste titre dans le monde entier : la tenture de « la Dame à la licorne ».
Cette œuvre est un fait étonnant, cette renommée est plutôt récente. Totalement oubliée pendant des siècles, elle ne fut en effet redécouverte qu'au 19e par George Sand qui la découvrit au château de Boussac, dans le centre de la France. En la décrivant avec enthousiasme dans son roman intitulé « Jeanne », elle lui apporta une popularité jamais démentie. Après des restaurations, ces tapisseries furent achetées par le musée de Cluny en 1882. Très tôt, de nombreuses légendes circulèrent à leur sujet: le prince musulman Zizim, retenu prisonnier, les aurait fait tisser pour la dame de ses pensées. D'où la présence des croissants de l'Islam. Mais l'observation des blasons et l'analyse iconographique ont apporté un total démenti à cette jolie histoire. Les armoiries appartiennent en fait à la famille Le Viste qui, dans la deuxième moitié du 15e siècle, fit une brillante carrière dans l'administration royale. La répétition systématique des armes des Le Viste sur la tenture traduit les ambitions de cette famille qui, comme bien d'autres à cette époque, souhaitait être anoblie.La signification de cette tapisserie ne pose maintenant pratiquement plus de problèmes. Les cinq premières tapisseries illustrent le thème, classique au moyen âge, des cinq sens. De gauche à droite sont illustrés : le goût, l’ouïe, la vue, l’odorat et le toucher. Remarquez les pittoresques détails comme le petit orgue portatif, qui symbolise l'ouïe, le mignon petit singe respirant une fleur évoquant l'odorat ou le geste de la dame, touchant la corne de la licorne, et symbolisant le toucher. La sixième tapisserie, qui leur fait face,
de plus grande dimension, est en apparence plus énigmatique: la dame est représentée debout devant une tente largement ouverte. Si l'on admet qu'elle remet son somptueux collier, jusqu’alors porté sur les 5 autres pièces, dans le coffret que lui tend sa servante, il faut y voir une allusion au concept philosophique du libre arbitre : tout homme a en lui l'aptitude à vouloir faire le bien, aptitude que les passions, c'est à dire les sens peuvent détruire si l'on n'y prend pas garde. Ici, en rendant son collier, la Dame montre qu’elle est plus forte que sa passion devinée pour l’objet convoité. Cette interprétation est renforcée par l'inscription ''à mon seul désir'' figurant sur la tente. Deux mots aussi sur la licorne : Fréquemment représentée au moyen âge, la mythique licorne, ne peut, d'après la tradition, être approchée que par une vierge. Symbole à la fois profane et religieux, la licorne renvoie tant à la mère du Christ qu'aux jeunes fiancées. Cet univers visuel où se mêlent tant de symboles est traduit par une remarquable harmonie des couleurs. Les personnages se détachent sur une surface arrondie d'un ton bleu sombre contrastant avec la luminosité du fond rouge parsemé de fleurs et de petits animaux dont ces petits lapins à l'expression espiègle.
Mais c'est surtout la grâce de l'ensemble qui séduit le spectateur et c’est là la marque d’une grande œuvre. De nombreux petits détails, sur les scènes, nous propose un monde réaliste, mais en même temps, l’omniprésence de cette dame si mystérieuse, si gracieuse, en bref, si idéale, nous plonge dans un Moyen-Âge de féerie que l'on ne peut facilement ôter de sa mémoire, une fois qu’on l’a vu.


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