La statue de Catherine 2

Perspective nevski - 2eme partie, du gostini dvor a la fontanka en passant par la place ostrovski et la rue rossi

La statue de Catherine 2

Et maintenant, regardons plus en détail cette statue de Catherine 2 à côté de laquelle nous sommes. Vous avez pris suffisamment de distance pour saisir d'un seul regard cette statue monumentale de 14 m de haut? Bien. Précisons tout d'abord que cette œuvre date de 1873, elle est donc postérieure d'un siècle au règne de Catherine 2, et date d'une époque où la tsarine n'est plus contestée. Regardez comment cette statue se présente : Catherine, impériale avec son costume d'apparat et son sceptre à la main, se tient debout sur une sorte de piédestal soutenu par plusieurs personnages, de haut rang à en juger par leurs vêtements et leurs poses. En effet ces personnages dont le nom est inscrit en cyrillique en-dessous de chacun d'eux, sont des favoris ou conseillers de Catherine – nous disons bien « des » et non « les » favoris de Catherine car on lui en connaît 21, le dernier l'ayant "connu", dirons nous prosaïquement, alors qu'elle avait déjà dépassé la soixantaine et lui à peine atteint ses 25 ans. Parmi eux se trouvent des officiers, des hommes d'Etat, un poète et une femme de lettre. Nous allons donner quelques informations sur certains d'entre eux, les plus connus. Commençons par la femme de lettre. Pour cela, recherchez cette femme et placez-vous face à elle.

Vous êtes devant la seule femme qui décore le piédestal de Catherine. Il s'agit de Catherine Dachkova ou plus exactement Iékaterina Romanovna Dachkova, nièce d'un chancelier d'État, Mikhaïl Vorontsov, et épouse d'un prince, Mikhaïl Dachkov. En 1759, Iékaterina fait la connaissance de la future impératrice qui devient son amie, et prend une part active dans le coup d'état qui met Catherine sur le trône le 28 juin 1762. Peu après, elle se lance dans la littérature avec des traductions de philosophes français comme Voltaire et Helvétius. Après la mort de son mari en 1764, elle voyage et visite l'Allemagne, l'Angleterre, la Hollande, la France, l'Italie, la Suisse, et fait la connaissance de Diderot, Voltaire, Raynal, Robertson, Adam Smith et Benjamin Franklin. De retour en Russie, elle est nommée en 1783 directrice de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, puis directrice de l'Académie impériale russe, fondée à son initiative. La notoriété de la princesse, qui par ailleurs chante et compose de la musique, est alors internationale. Elle prendra ensuite la route de l'exil avec l'arrivée sur le trône de Paul Ier en 1796, puis pourra rentrer dès 1800 quand le nouveau tsar Alexandre 1er l'invite à reprendre part à la vie de la Cour. Dachkova est un bel et rare exemple de la transgression des limites assignées aux femmes au 18ème siècle. A la droite d'Iékaterina Datchkova se trouve Pierre Roumiantsev, un général qui a su pénétrer en Bessarabie et dans les Balkans à la tête de l'armée russe et remporter de belles victoires contre les puissantes forces turques ottomanes. Puis on trouve le prince Grégoire Potemkine, dont la position était unique : cet amant de Catherine 2 était le principal homme d'état du règne, mais il occupait aussi une place à part dans la vie privée de l'impératrice. Après avoir cessé d'être l'amant de Catherine 2, il aurait lui-même choisi les amants qui lui ont succédé auprès d'elle, et serait resté pendant 13 ans -dit-on- le "directeur de son harem masculin". Catherine a fait construire, pour le lui offrir, un superbe palais nommé plus tard palais de Tauride en souvenir des hauts faits militaires du prince en Crimée. Un an après ce cadeau royal, Potemkine vendait le palais : ce qui n’est pas très élégant, convenons-en. Mais figurez-vous qu’il le vendit au Trésor, c'est-à-dire à Catherine 2. …Et l'année suivante Catherine lui en faisait à nouveau cadeau. A la mort de Potemkine, le palais est tout de même revenu à la Couronne. Un peu plus loin on trouve le prince Alexandre Souvorov, le général de l'armée russe qui écrasa la révolte polonaise à la suite de la 3ème partition du pays et qui fut responsable d'un véritable carnage sur le territoire polonais. Il a pourtant été récompensé par un bâton de maréchal en or. Ce favori de Catherine 2 tombe en disgrâce à l'avènement de Paul 1er. Voilà ce que nous pouvions dire sur quelques-uns des favoris de Catherine.


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