La rue de Vaci

Promenade a pest du marche central a la place vörösmarty

La rue de Vaci

Alors, allons maintenant jusqu’au bout de Pesti Barnabas utca, c'est-à-dire jusqu’à Vaci utca.

Nous voici maintenant dans la rue Vaci, la rue la plus commerçante de Pest, elle est bordée d’immeubles où tous les styles du 19e siècle hongrois sont représentés : depuis le néo-classicisme, jusqu’à l’Art-Nouveau.

Allons, du côté gauche, jusqu’au n°15. Étonnant, non ? Et plutôt amusant. D’abord une superbe devanture de chêne intacte au rez-de-chaussée et au 1er étage, avec l’enseigne bilingue fixée sous verre « Eterem –Restaurant » (eterem est le mot hongrois pour restaurant) . Et puis, à partir du 2e étage, la couleur fait son apparition grâce aux brique vernissées ; les fenêtres, groupées par 4 ou par 3 sont d’un style gothique flamboyant vaguement vénitien, en tout cas tout à fait exubérant. Et tout en haut, le décor de la corniche, tout en arrondis a un faux air Art-Nouveau. L’immeuble date de 1901, et le style Art-Nouveau était présent dans le paysage de Pest depuis déjà quelques années.
Ce goût des mélanges de style, ce sens de la couleur et cette exubérance sans complexe vous rappellent peut-être la Galerie de Paris, non ? En tout cas, ce sont bien des traits typiques du style « 1900 » à Pest, qu’il choisit l’Art-Nouveau, ou penche plutôt, comme ici, vers le néo.
Allons voir maintenant l’immeuble du nº 13, en nous plaçant à l’angle de Vaci utca et de Regi Posta utca

Changement de style, et de période : ce beau bâtiment néo-classique est l’immeuble le plus ancien de la rue.

Regardons tout d’abord le décor sculpté des fenêtres du 1er étage, il est placé sous les frontons : une guirlande suspendue au-dessus d’un petit médaillon arrondi, et de chaque côté, tantôt un aigle, tantôt un enfant allongé. Il y a une alternance irrégulière de fenêtres avec aigle et de fenêtres avec bambin, pour donner un rythme discret à la façade. Discret, car, à la différence d’un hôtel particulier baroque, comme celui du restaurant de 100 ans, cet immeuble néo-classique présente une façade rectiligne, sans avant-corps central.

Maintenant comme nous sommes à l’angle de Vaci utca et de Regi Posta utca, nous voyons la façade latérale de notre immeuble. Le 1er étage est tout à fait semblable à celui de la rue Vaci, le 2e aussi, avec au dessus des fenêtres des médaillons ornés de profils à l’antique.
La seule différence est au rez-de-chaussée : là il reste, sur cette façade latérale, quelques-uns des bas-reliefs de stuc placés dans les cadres rectangulaires que nous voyons vides partout ailleurs sur le rez-de-chaussée. Soit que les bas-reliefs prévus n’aient jamais été terminés. Soit qu’ils aient été détruits. Parmi ces bas-reliefs, deux au moins ont des sujets mythologiques faciles à identifier, on y reconnaît Léda et le cygne , et Mercure. Maintenant, jetons un coup d’œil rapide du côté des numéros pairs, sur l’immeuble du magasin Promod.il est au n°14

Deux détails à remarquer : tout en haut, les bambins sculptés en file indienne pour soutenir les balcons du dernier étage. Une véritable exploitation de l’enfance !
Et en bas, la belle devanture de cuivre du magasin, et de son entre sols, d’un style 1900 sobre, absolument intact (en vérité d’un style 1911, car l’immeuble date de cette année là)
Maintenant, revenons aux numéros impairs, et regardons l’immeuble du 11b, celui qui fait l’angle de Regi Posta utca, avec sa rotonde.

Il mérite lui aussi un rapide coup d’œil, surtout pour son étrangeté. Il date , lui, de 1912, et son décor sculpté « cubisant » est des plus bizarre : à remarquer, si vous avez une bonne vue, les gouttières en forme de têtes de panthères stylisées, et plus faciles à repérer, les atlantes barbus et géométriques qui ont la lourde tâche de soutenir les balcons. Ils le font d’un air plutôt renfrogné. Mais voyons maintenant le nº 11a

Ah ! Revoici l’exubérance hongroise, la couleur, l’exotisme. L’immeuble est célèbre, il date de 1888 et il s’agit d’une œuvre de jeunesse de Ödön Lechner, le Guimard, ou le Gaudi de Budapest. Autrement dit le grand spécialiste du style Art Nouveau. Il construira en effet quelques années après cet immeuble, le 1er bâtiment Art Nouveau de Budapest : le musée des Arts Décoratifs, et plusieurs autres tout aussi flamboyants. Mais ici on n’est pas encore arrivé au style Art-Nouveau, avec son goût des lignes courbes, des volutes, et ses décors d’inspiration végétale. Ce bâtiment est assez déroutant et original, mais on peut le rattacher quand même à la néo-Renaissance. Les fenêtres à meneau (les meneaux sont les montants verticaux qui divisent les fenêtres en 2 ou, en 3 parties, ici en 3 parties au dernier étage), ces fenêtres , donc, évoquent le début du 16e, ou la fin du 15e siècle. Et les pilastres qui flanquent la travée centrale sont plutôt Renaissance par leur décor en bas-relief, et le style de leur chapiteau. Au fait, que voyons-nous au-dessus de ces chapiteaux ? Des niches dignes d’une église, abritant chacune une statue : le grand genre !


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