L’Ancien Testament

Promenade a san gimignano

L’Ancien Testament

Et maintenant commençons la visite par le bas côté gauche. Il raconte l’Ancien Testament, sur trois registres, c'est-à-dire sur 3 niveaux. La lecture se fait de l'entrée de l'église vers le chœur. Comme nous le verrons, dans le registre supérieur, dans les lunettes donc, il y a les scènes qui racontent la Création de l'Homme puis l'histoire d'Adam et Eve. Dans le registre du milieu ensuite, après Adam et Eve chassés du Paradis, les scènes racontent l'histoire de Noé, puis celles d'Abraham et de Joseph qui se termine au registre inférieur. Et au registre inférieur justement - plus à hauteur des yeux - les scènes concernent les histoires de Moïse et de Job. Et nous vous proposons de découvrir librement ces scènes puis que nous nous retrouvions devant la 4e scène du registre inférieur, en partant de l'entrée. Elle représente le "Passage de la mer Rouge par Moïse".

Êtes-vous bien devant la scène représentant le Passage de la mer Rouge ? Maintenant, rappelons brièvement l'histoire puis décryptons ensemble le style de l’artiste, un certain Bartolo di Fredi. Le peuple juif est en captivité en Egypte, esclave du pharaon. Après avoir envoyé les 10 plaies sur le pays, Moïse finit par obtenir la libération de son peuple. Mais Pharaon change d’avis et lance son armée à sa poursuite. Arrivé devant la Mer Rouge, Moïse demande à Dieu d'ouvrir les eaux afin de laisser passer son peuple. Mais écoutons le texte de l'Exode : "Les eaux se fendirent et les fils d'Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec. Les Egyptiens les poursuivirent ". Une fois les juifs sortis de la mer, Moïse « étendit la main... Les eaux revinrent alors et recouvrirent les chars et les cavaliers de Pharaon ». C'est ce moment si fascinant que dépeint ici l'artiste. Chevaux et cavaliers égyptiens s'entremêlent dans la mer alors que le peuple juif se détourne, afin de continuer sa route. Bartolo di Fredi traduit cette scène avec fraîcheur et poésie. Pourquoi ? parce que les faits bibliques sont pour lui l'opportunité de dépeindre la vie quotidienne populaire de son temps. Regardons ensemble. Tout d'abord, les vêtements. Ils n'ont rien des vêtements portés dans l'Antiquité, ni dans des pays chauds. Par contre, ils sont tout à fait ceux du Moyen Age. Regardons les personnages debout de gauche à droite. Nous avons dans un premier temps Moïse, c’est le vieillard à la barbe blanche situé au centre de la scène et tenant un bâton à la main. Il est habillé tel un paysan de l'époque médiévale : il porte de longues chausses et une tunique courte resserrée à la taille avec un capuchon. Puis viennent, à droite, les militaires : le simple militaire avec son casque luisant et sa cuirasse sur le torse, puis le gradé avec sa côte de mailles. Enfin le groupe est essentiellement composé de femmes : des paysannes portant la coiffe blanche et des bourgeoises telles celle qui est vêtue d'une longue robe rose à côté du militaire gradé. Contemplons-la. Elle est à la fois jeune femme, élégante dans sa simplicité et par sa coiffure soignée, mais aussi jeune mère, tenant un enfant par la main et portant un bébé dans ses bras. Remarquons qu'elle le porte à l'aide d'un lange, l'ancêtre du porte-bébé peut-être ! Mais cette œuvre n'est pas qu'un défilé de mode ; elle est aussi une histoire de la vie quotidienne. Observons à cet égard l'arrière-plan dans la mer. Ne voyons nous pas une barque avec deux pêcheurs, l'un à la ligne, l'autre au filet? Très affairés, ils ne s'aperçoivent même pas du drame se déroulant non loin de là. Histoire de montrer que, quel que soient les événements, la vie continue. Et c'est là tout le style de cet artiste : Bartolo di Fredi, peintre siennois secondaire, décora ainsi nombre d'églises dans la région, et, en particulier celle de saints Augustin à San Gimignano que nous vous proposons de voir par la suite. Mais Bartolo di Fredi a comme principal mérite d'avoir diffusé, dans cette région de Toscane, le style des frères Lorenzetti, trop tôt disparus, emportés par la peste en 1348. Car Pietro et Ambrogio Lorenzetti apportèrent à la peinture médiévale le goût des couleurs vives, et aussi le goût de la ligne. Observons-le à travers le jeu des lignes directrices. Que voyons-nous ? Une ligne chaotique chez les Egyptiens, une ligne parfaitement horizontale du côté des juifs. L'opposition formelle accentue ainsi le dualisme historique.


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